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De l’épuisement des morales universelles à l’étique de la décision

By 28 février 2019 No Comments
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De l’épuisement des morales universelles à l’étique de la décision

A priori fondamentaux, idéologies, représentations sociales Etude de leurs rapports structurels :

Robert Michit, Thierry Comon Laboratoire européen de psychologie sociale appliquée grenoble labo-decision@9business.fr

Abstract

En croisant trois formes d’études dans le champ de la pensée sociale, les études sur les représentations du groupe idéal, les analyses des idéologies fondatrices de l’Occident industriel, enfin les travaux sur les processus décisionnels des groupes et des individus en entreprise, nous avons été amenées à identifier les interdépendances entre trois objets constitutifs de la cognition sociale : les représentations sociales d’objets sociaux, les idéologies et les a priori fondamentaux. Ces études nous ont permis de construire un modèle descriptif des prises de positions déclaratives des individus et des groupes.

Mots clé : a priori, idéologie, représentations sociales.

Introduction

Les premières études sont dans la continuité des études sur les déterminants de la prise de décision, dont les premiers résultats (Michit, 1995) avaient manifesté que seul un élément du noyau central dirigeait les prises de décisions des professionnels travaillant aussi bien dans une entreprise que dans le secteur de l’insertion sociale. Il y avait donc une hiérarchie entre les éléments du noyau central en ce qui concerne leur influence sur l’action des sujets.

La question que nous nous posions alors était de découvrir quelle était la nature des éléments plus déterminant et la nature de leur interaction. Le programme de recherche que nous vous présentons dans cette communication, nous a conduit à mettre en évidence un emboîtement hiérarchisé entre des a priori fondamentaux existentiels, les idéologies et les représentations sociales.

Ainsi, restant dans le champ de la cognition sociale, nous avons pu mettre en forme un modèle articulant cinq a priori existentiels permettant, d’une part de comprendre les formes d’énoncés idéologiques comme les représentations particulières d’un objet social spécifique qu’un individu ou un groupe peut construire lorsqu’il active une articulation particulière de ces cinq a priori, d’autre part, de la même façon, ce modèle nous permet d’anticiper les formes de décisions que prendra un individu ou un groupe dans une situation économico-politique donnée, et enfin, il nous permet de comprendre et d’anticiper les évolutions de la pensée sociale des groupes, leur idéologie et leurs attitudes dans les interactions sociales.

Nous vous présentons dans une première partie l’histoire de la création du modèle avec ces fondements expérimentaux, dans une deuxième partie, l’application de sa dynamique dans l’analyse et la compréhension des logiques internes de quatre systèmes économico-politiques.

Premier pas : Etude de la notion de groupe idéal et dégagement

des éléments idéologiques organisateurs
Nous avons repris les expériences de Moliner (1992) et Rateau (1995) étudiant

la représentation sociale du groupe Idéal chez les étudiants, en les appliquant à des cadres d’entreprise, des travailleurs sociaux et des sujets appartenant à des communautés religieuses.

Alors que pour les étudiants, les individus d’un groupe idéal n’entretiennent pas de relations hiérarchiques (élément du noyau central de la RS) et peuvent avoir des intérêts divers (élément périphérique), pour les sujets des trois autres populations, nous avons observé que la présence d’un chef dans le groupe et la présence d’un but commun étaient deux conditions de son idéalité.

EXPERIENCE

On présente aux sujets le texte qui a servi à P. Rateau comme texte inducteur de la représentation du groupe idéal (qui pour lui était le groupe d’amis idéal) :

Pierre, olivier, Jean-Jacques, François et Marc forment un groupe. Lorsqu’on les rencontre, ils donnent l’impression d’être bien ensemble. Chacun d’eux déclare d’ailleurs être plutôt content d’appartenir à ce groupe.

Pour une part d’entre eux, on ajoute la phrase :

Dans ce groupe il existe une hiérarchie clairement établie

pour une autre part on ajoute la phrase :

Ils n’ont pas du tout les mêmes intérêts

et on demande à chacun

Quelle est votre opinion sur cette situation ? (Entourez le numéro de votre réponse)

1. c’est un groupe très typique
2. c’est un groupe assez typique
3. ce n’est pas un groupe mais ça y ressemble
4. ce n’est pas un groupe et ça n’y ressemble pas.

Résultats : identification d’un groupe idéal

Etudiants

Cadres d’Entreprise

Association sociale

Communauté

Hiérarchie

22%

75%

75%

100%

Intérêts différents

85%

10%

51%

2%

La représentation sociale du groupe idéal comme groupe d’amis est significativement affectée par le groupe d’appartenance. Elle ne correspond à la forme de l’idéalité que pour un groupe : celle mobilisée par les étudiants.

L’analyse des différences affectant le noyau central nous amène à penser que l’idéalité du groupe dépend d’une part des différences de représentations des relations idéales entre les sujets (la hiérarchie met en cause l’égalité). Cette hypothèse suppose alors qu’il existe un lien de subordination entre l’idéalité des relations et la conception même du sujet humain.

D’autre part, les différences observées au sujet de la poursuite d’un intérêt commun (versus l’intérêt personnel) mettent en cause le rapport des sujets à son groupe. Nous aurions là un autre lien de subordination, c’est-à-dire la subordination de la notion d’intérêt (personnel versus commun) à l’idéalité dans les rapports du sujet à son groupe d’appartenance (l’individu premier par rapport au groupe ou inversement).

De ces deux inférences, nous permettant de disposer d’éléments de cognition sociale conditionnant, autrement dit organisant de manière structurelle les expressions idéologiques de surface, nous proposons l’hypothèse suivante :

La représentation du groupe idéal est d’une part commandée par la représentation sociale du sujet humain et d’autre part par la représentation sociale du rapport du sujet à son groupe d’appartenance.

Pour tenter d’élucider les éléments organisateurs des représentations sociales, nous avons poursuivi et approfondi le travail sur les déterminants de la prise de décision (Michit, 1995) en suivant trois phases.

La première analyse la position de sujets par rapport à la représentation de leur groupe professionnel au regard des typologies groupe d’amis idéal versus groupe productif.

La deuxième phase analyse les déterminants de l’insatisfaction des sujets qui présentent une différence entre ceux qui désireraient un groupe professionnel différent de celui dans lequel ils travaillent.

La troisième phase, interroge les guides des décisions professionnelles des sujets satisfaits de la forme de leur groupe.

Deuxième pas : Confirmation des liens de cohérence entre les différents éléments de la cognition sociale.

Ayant réalisé l’expérience suivante auprès des cadres d’une banque réalisant une fusion entre deux sites installés dans deux départements différents, il nous est nécessaire de rappeler les résultats des études concernant la représentation sociale de l’entreprise bancaire, dans le cadre des travaux sur les influences des représentations sociales dans les prises de décisions professionnelles (Michit, 1998a).

On y établissait que pour les cadres supérieurs de ce groupe bancaire, la banque de type mutualiste présentait une double organisation hiérarchique du système central en fonction des divers groupes d’appartenance des sujets déterminés par des caractéristiques géographiques et des caractéristiques d’activité productive.

Pour une part des sujets (27) la banque mutualiste se présente comme une entreprise de service principalement dirigée par le service du client et les relations de personne.

Pour une autre part des sujets (21) la banque mutualiste se présente comme une entreprise commerciale dirigée par la rentabilité des produits proposés aux clients dans un univers de concurrence.

Nous obtenions un système central à deux éléments centraux « la rentabilité », le « service-client » associés à des pratiques en terme de « relations de confiance » pour le premier et de « relations de concurrence » pour le second.

1° phase.

Afin de préciser la structure du système central, nous avons procédé à un ensemble d’observations mettant en relation la représentation de banque mutualiste avec la représentation du groupe idéal.

Hypothèse

Si le groupe d’amis idéal est un groupe dans lequel les relations entre les personnes sont pensées comme amicales, alors le groupe des professionnels qui se représentent la banque comme basée sur les relations de confiance aura tendance à

associer la banque mutualiste à un groupe d’amis idéal.
Par contre le groupe qui se représente la banque comme une entreprise à

vocation commerciale et donc à vocation de rentabilité, doit concevoir la banque comme un groupe professionnel dans lequel les relations présentent une organisation hiérarchique non amicale.

Expérience.

On propose aux 48 sujets deux ensembles de trois propositions définissant leur entreprise. Présentée à 24 sujets [(11activent la représentation de la banque comme devant être un Groupe productif (G.P.)et 13 activent la représentation de la banque comme devant être un groupe d’amis idéal G.A.I.)] le premier ensemble présente la banque selon la structure du groupe d’amis idéal, dans laquelle les sujets sont des personnes dont il est nécessaire de prendre en compte les intérêts avant même les intérêts du groupe qui est à leur service. Le second ensemble de propositions [présentées aux 24 autres 10G.P et 14G.A.I.] la représente selon une structure de groupe productif idéal dans lequel les intérêts du groupe entreprise sont premiers.

Pour chaque proposition, on demande aux sujets de quantifier leur degré d’acceptation.

Ensemble de propositions A.

L’entreprise bancaire doit être un groupe dans lequel les relations entre les personnes sont conviviales et fraternelles

Pas du tout / possible / tout à fait d’accord

Les individus doivent être considérés comme des personnes: leurs compétences et leurs capacités productive sont importantes mais ne doivent jamais être déterminantes dans les décisions de productivité.

Pas du tout / possible / tout à fait d’accord

La considération de l’intérêt des personnes doit prévaloir sur les intérêts de l’entreprise.

Pas du tout / possible / tout à fait d’accord

Ensemble de propositions B.

L’entreprise doit être un groupe dans lequel les relations sont hiérarchiques et dirigées par la production

Pas du tout / possible / tout à fait d’accord

Les personnes doivent être considérées selon leurs compétences et leur productivité.

Pas du tout / possible / tout à fait d’accord

La considération des intérêts de l’entreprise doit prévaloir sur les intérêts des personnes.

Pas du tout / possible / tout à fait d’accord

On tente dans cette association de propositions de mesurer le degré de cohérence entre la RS du groupe et les deux autres représentations, celle su sujet en tant que personne humaine et celle des rapports hiérarchisés entre le groupe et les individus.

En attribuant à « Pas du tout » la note 1, à possible la note 3 et à « tout à fait d’accord » la note 5, nous avons les possibilités suivantes :

– si les sujets sont dirigés par la représentation sociale du groupe d’amis idéal, l’ensemble A obtient un score total de 15 et l’ensemble « B » un total de 3.

Et inversement si les sujets se représentent l’entreprise comme un groupe productif.

En unissant les sujets qui obtiennent des scores pour A strictement inférieur à 7 et pour B strictement supérieur à 11 afin de définir des groupes qui associent les trois représentations (groupe productif versus groupe d’amis idéal, avec les deux représentations : hiérarchie entre le groupe et les individus et le sujet humain) selon une cohérence interne, nous établissons le tableau suivant :

Comme le présumait l’hypothèse les sujets se représentant l’entreprise bancaire comme un groupe productif réalisent en majorité des scores A<7 ; B>11 ; et les sujets se représentant l’entreprise comme un groupe d’amis idéal réalisent en majorité des scores tels que A> 11 ; B < 7 .

De ces résultats précédents, nous tirons comme conclusion que la représentation de l’entreprise est une représentation d’un groupe qui entretient des liens de cohérence avec la représentation des relations de subordination entre les individus et

Propositions R.S.

A<7 B>11

7<A/B<11

B<7 A>11

Groupe Productif

18

6

0

Groupe fraternel productif

0

7

17

le groupe et la représentation du sujet humain plus ou moins objectivé relativement à l’activité de production.

Quelques mois après, quand la fusion est réalisée, on demande aux même sujets d’exprimer leur opinion sur le type d’entreprise qu’est devenue leur banque après la fusion. On leur présente, cette fois-ci, les six propositions ensembles en leur demandant de choisir parmi les six, les trois qui définissent leur entreprise après fusion.

Résultat Après fusion :

On observe tout d’abord que les représentations de l’entreprise ne changent pas à la suite de la fusion si les sujets activent une représentation de l’entreprise comme un groupe productif. Ce n’est pas le cas pour les autres qui expriment dans leur grande majorité que la nouvelle entreprise est devenue un groupe productif. Pour eux, la fusion contribue à détruire la banque mutualiste.

Le basculement dans l’évaluation de leur groupe professionnel vers un groupe productif alors qu’ils l’attendaient comme un groupe mutualiste au service des clients dans l’environnement représentationnel du groupe d’amis idéal, est à l’origine d’un sentiment d’insatisfaction proche de celui que peut produire une trahison des fondements existentiels. Il s’agit de trouver quelles formes de représentation prennent ces fondements pour trouver les a priori existentiel fondamentaux qui dirigent leurs attitudes, leurs représentations et leur pratiques décisionnelles.

2° Phase

La deuxième phase du processus de recherche conduit à s’intéresser aux sujets insatisfaits qui subissent une manipulation, telle que l’on peut la réaliser dans une procédure expérimentale, de part la fusion. Cette fusion met les sujets activant la représentation de la banque comme une entreprise de service dans un univers

Ensemble R.S.

A<7 B>11

7<A/B<11

B<7 A>11

Groupe Productif

21

3

0

Groupe fraternel productif

20

4

0

représentationnel différent du leur et provoque une insatisfaction comme nous venons de le voir.

Technique

Afin de déterminer les causes de cette insatisfaction et tout à la fois d’éprouver notre hypothèse de dépendance et de trouver les formes représentationnelles qui sont remises en cause par l’opération administrative de regroupement des outils de production, on pratique des entretiens individuels dont la technique utilise la seule question c’est-à-dire afin de pousser les réponses jusqu’au moment où le sujet ne réponde que par : « parce que c’est ainsi » ou une formule similaire. Cette méthode permet d’identifier des a priori fondamentaux qui sont des représentations construites par l’expérience d’évidence de vie et justifiables pas autrement que par cette évidence. Elles ne sont pas des catégories kantiennes préexistantes à la cognition.

Procédure

On demande aux sujets qu’est-ce qui a radicalement changé dans les conditions de travail produites par la fusion. Les réponses se composent de deux certitudes.

La première affirme que les personnes sont considérées comme des pions au service de l’entreprise (cela correspond à une objectivation des personnes et à une définition de la place primordiale du groupe).

La deuxième renvoie au sentiment d’être agi par les lois de la concurrence qui obligent l’entreprise à se plier à des procédures rigides qui ne laissent plus aucune marge de manœuvre qui rendaient avant la fusion les employés acteurs dans le système (les sujets sont agis par des lois économiques). L’exemple qui est généralement cité pour appuyer cette justification, est le mode de relation que les employés avaient, avant la fusion, avec les applications informatiques. Il était affirmé que : « avant la fusion chacun pouvait « bidouyer » les applications informatiques selon sa créativité pour les rendre plus performante et on partageait avec les collègues les astuces efficaces. Maintenant avec la fusion, il est impossible de les transformer même si ces nouvelles applications présentent des inconvénients majeurs. Mais vous verrez, nous serons obligés de les bidouyer de nouveau ! »

Les sujets ne font jamais référence en dernier ressort à l’idéalité du groupe

dans leurs justifications (par exemple : c’est parce que notre entreprise est devenue un groupe productif), ce qui prouve que ce n’est pas la représentation du groupe qui est touché directement par le changement réalisé.

Leurs réponses indiquent que sont touchées les représentations concernant la place des sujets par rapport au groupe et celles concernant leurs possibilités d’actions. Ces deux représentations sont constitutives de la représentation du groupe auquel ils appartiennent ou du groupe qu’ils valorisent. Autrement dit, il existe un lien de subordination de la représentation idéale du groupe à ces représentations.

Les deux formes déclaratives présentes ici, seraient donc deux positions particulières possibles au regard de deux a priori fondamentaux qui seraient 1) l’a priori de la hiérarchie entre groupe et individu (groupe 1° versus sujet 1°) et 2) l’a priori du sujet humain acteur versus agi.

En résumé, les insatisfaits, ceux qui se représentent la banque comme devant être un groupe de service et de confiance selon les modalités du groupe idéal justifient leur insatisfaction par le fait que les personnes sont considérées comme des pions au service de la rentabilité et de l’entreprise. Ils activeraient comme évidence existentielle que le sujet est prioritaire par rapport au groupe alors que dans leur entreprise l’intérêt du groupe est premier.

La seconde justification présuppose que, dans les nouvelles conditions de fusion, où les agents n’ont plus de pouvoir de création, ces agents sont prisonniers des procédures et agis par des formalités. Ils sont donc des sujets déterminés par les conditions du marché et de l’entreprise ce qui va à l’encontre des fondements même du sujet humain qu’ils croient, par essence, décideur et donc acteur. La position c’est-à-dire de la représentation de l’essence du sujet, qu’ils activeraient ici, renverrait à la norme d’internalité.

3° Phase

Afin d’éprouver ces résultats indiquant l’existence d’une relation d’ordre entre les représentations sociales du groupe et les représentations du sujet acteur/agi et des relations hiérarchiques entre les sujets et le groupe, nous sommes intéressés aux

individus qui ne subissaient pas de changement de leur champ représentationnel.
Ceux qui se représentent l’entreprise comme un groupe dans la concurrence sont satisfaits de l’évolution de leur groupe. Ils justifient leur satisfaction par le fait que les conditions de l’existence sont celles de la concurrence et qu’il n’est pas possible de

faire autrement. Par ce biais, il est impossible de remonter à la causalité de leur satisfaction.

Justifications Jugement

accepter la réalité

Le sujet est second par rapport au groupe

Le sujet n’est pas acteur

satisfaits

21

insatisfaits

27

27

Afin de trouver la causalité de la satisfaction des cadres dans la culture de productivité, on analyse les éléments déterminants les prises de décisions professionnelles managériales (délégation, évaluation, formation) et commerciales en situation de conflits avec un client. Il est demandé aux cadres d’identifier 3 situations réelles de prise de décisions parmi ces situations possibles.

Technique

Au moyen de l’entretien d’explicitation des processus décisionnels (Michit R. 1998b), les éléments de la décision sont identifiés dégagés des opinions surdéterminées par la norme sociale.

Résultats

Sujets satisfaits

Sujets non satisfaits

Décisions

management

client

management

client

59/63 justifications groupe 1°/sujet

60/63 justifications groupe1°/sujet

81 justifications Sujet 1°/Groupe

81 justifications Sujet 1°/Groupe

63 justifications Sujet acteur

63 justifications Sujet acteur

81 justifications Sujet acteur

81 justifications Sujet acteur

57/63 justifications rentabilité/aide

35/63 justifications rentabilité/aide

54/81 justifications aide en situation difficile/ rentabilité

75/81 justifications aide en situation difficile/ rentabilité

Exemples de justification.
Cas de délégation : Pour être efficace, il me fallait un gars compétent et autonome. J’ai pris celui qui permettrait à l’équipe d’être la plus performante.
Pour connaître la hiérarchisation des a priori, il est demandé d’indiquer les éléments

premiers. Se dégagent, alors, à partir d’un premier discours de justification semblable, deux hiérarchies :
L’une identifie l’individu comme premier car il est compétent et sera un acteur efficace ; l’autre identifie la réussite du groupe comme première et donc l’individu n’est choisi comme acteur que parce qu’il permettra la réussite du groupe.

Dans le cas de l’évaluation

Première typologie de justifications obtenues: Puisqu’un agent est un acteur/ responsable et qu’il est dans une entreprise, il est nécessaire d’évaluer ses compétences afin de le mettre dans le poste qui permettra à l’entreprise d’être plus compétitive. ( sujet : acteur et groupe 1°)

Deuxième typologie de justifications obtenues: Puisqu’un agent est acteur dans l’entreprise, le groupe doit l’aider à développer ses compétences (sujet : acteur et 1°). Cette analyse a été menée auprès de 400 sujets appartenant à des entreprises différentes. On retrouve les mêmes déterminants à l’origine des décisions. Ces résultats mettent en évidence l’accord avec la norme d’internalité du sujet acteur qui serait une des prises de position possible concernant l’a priori fondamental existentiel concernant l’essence du sujet humain. Les réponses manifestent cependant la présence d’un autre a priori, celui du sujet premier au groupe ou second. Les positions d’évidence causale de cet a priori sont moins stéréotypées puisqu’on assiste là à une équipartition entre deux populations activant deux positions différentes.

Troisième pas : Le modèle des a priori fondamentaux

On vient de montrer que les représentations sociales d’objets sociaux comme le groupe idéal, relève d’une articulation spécifique d’a priori fondamentaux qui structurent leur noyau central. Nos travaux antérieurs démontrent que les décisions dépendent d’un seul élément du noyau central. De ces deux constats nous faisons l’hypothèse que les a priori sont en nombre limité.
Objectif de recherche

Il devient alors nécessaire de découvrir le nombre et la forme de ces a priori dans le but de comprendre les décisions et les comportements des individus autrement dit leurs pratiques et l’évolution de leurs positions idéologiques.
Méthode

Il s’est agi de dégager de l’analyse théorique de la condition des sujets psychosociaux les a priori qui constitueraient leurs discours philosophiques, religieux et d’économie politique.

Analyse théorique
Pour le moment, cette présente étude a mis en évidence, d’une part un a priori

qui serait l’a priori de l’internalité qui prend position sur la conception du sujet comme un sujet acteur en opposition au sujet qui serait agi. D’autre part, nous avons identifié un autre système de prises de position a priori qui renvoient à la hiérarchisation d’un sujet versus son groupe d’appartenance autrement dit sur la nature des relations sujet/groupe.

Théoriquement ces deux a priori peuvent prendre chacun trois positions rationnellement possibles. Pour l’a priori des relations hiérarchiques sujet/Groupe, les trois seules positions possibles sont :

le groupe est premier par rapport à l’individu,
l’individu est premier par rapport au groupe,
il existe une relation d’égalité entre les deux.
Pour l’a priori concernant l’essence du sujet, sont rationnellement possibles les

positions l’appréhendant comme sujet acteur, sujet agi ou sujet acteur-agi (Michit, 1995). A partir de la modélisation de toute situation psychosociale en trois pôles {Ego (individu/groupe) ; Autre (individu/groupe) ; Réel (environnement/objet/machine), il nous manque d’identifier la nature de l’altérité. Nous trouvons pour la concevoir, là encore, uniquement trois positions rationnellement possibles soit l’autre est une réité (c’est un objet que je manipule ou utilise en fonction de mes objectifs, c’est un élément au service des objectifs du groupe, l’autre est le produit des forces productives par exemple), soit c’est une ipséité (un autre soi-même comme le propose Ricoeur(1990), soit enfin c’est une vacuité, c’est-à-dire que l’autre n’intéresse pas en tant qu’autre même s’il est traité selon les règles de la politesse (dans le judaïsme, les Goïm sont

considérés dans l’indifférence, dans le catholicisme on parlait du péché d’omission).
Si l’on regarde maintenant le fait que tout individu est plongé dans un environnement comme son réel. Nous constatons que ce « réel » peut être vu soit comme un objet, soit comme un outil soit comme un environnement. Les positions déclaratives le représentant socialement touchant son essence sont là encore, rationnellement au nombre de trois, ce « réel » est un objet ou un environnement conçu

comme potentiellement transformable, c’est un objet ou un environnement représenté comme une ressource (environnement/objet : ressource) doté d’une subjectivité animée tel qu’on le trouve dans les civilisations nomades ou dans les religions animistes ; enfin c’est un écosystème, tout à la fois, transformable et ressource.

En considérant dans la triade psychosociale, les positions a priori possible concernant le fait que chaque acteur humain est de façon incontournable mortel, le rapport à la mort des éléments de la triade constitue un autre a priori de croyance irrationnel et fortement identifiant jusqu’à se battre à en mourir pour le défendre. Cet a priori, relatif à la forme d’existence après la mort, ne peut prendre que trois positions rationnellement possibles, là encore. Soit il y a de la vie et nous sommes dans l’univers de l’idéalisme et du religieux. Soit il n’y a rien et ce sont les positions matérialistes et les fondements de l’immanence du monde. Soit enfin les individus ne répondent pas à la question et s’ils ne répondent pas c’est qu’ils ne peuvent pas prendre position ni pour l’une ni pour l’autre, ils sont dans un vide de représentation.

Enfin, la dernière des caractéristiques des humains met en évidence la nécessité des groupes de se doter d’une autorité. Cette autorité distingue trois pôles : soit les groupe considèrent que l’autorité est une et indivisible, soit l’autorité du groupe est partageable et exercée par plusieurs représentants (comme dans les trium vira ou le gouvernement des démocraties), soit tout autorité est inconcevable et sera perçue comme une usurpation d’un pouvoir illégitime car chacun est son propre maître (principe défendu en particulier par les anarchistes).

Nous sommes désormais en capacité de construire un tableau des différentes évidences théoriques possibles définissant un ensemble d’a priori fondamentaux structurels qui seraient à l’origine des organisations représentationnelles que sont les idéologies et les représentations sociales d’objets sociaux.

Le modèle des a priori fondamentaux d’existence

Positions A priori

1

2

3

Mort

Vie après : idéalisme

Rien après Matérialisme

Pas de réponse Agnostique

Sujet

acteur

Agi

Acteur/agi

Sujet/groupe

Sujet 1° Groupe 2°

Groupe 1° Sujet 2°

Egalité entre les deux

Altérité

réité

Vacuité

ipséité

La nature
ou Environnement

Fabriqué/objet

Ressource

écosystème

L’autorité

Est une, hiérarchique et indivisible

Est partageable comme dans la démocratie

Ne doit pas exister chacun est son propre chef (anarchie)

En croisant les différentes positions, apparaissent les multiples idéologies et les organisations des systèmes de croyances qui traversent les sociétés, dirigent les jugements de valeurs comme les prises de décisions réactives, épidermiques et constituent les fondements identitaires les plus archaïques et les plus structurant.

Quatrième pas : Le modèle des a priori fondamentaux appliqué à l’analyse des différents discours d’économie.
POSTULATS IDEOLOGIQUES ET THEORIES ECONOMIQUES

L’objectif de notre contribution consiste à vérifier la pertinence heuristique du modèle d’analyse des A Priori Fondamentaux Existentiels en l’appliquant à l’étude des productions théoriques relatives au champ de l’économie.

Discours de vérité mêlant faits et croyances, nous nous sommes efforcés d’identifier les indices de préférence structurant les représentations théoriques des auteurs

à l’origine des différentes écoles de pensée économiques à partir de leurs essais théoriques les plus connus. Le traitement de tels corpus reprend une des démarches de l’entretien d’explicitation, mais ici de manière évidemment spécifique : il s’agit de se centrer de manière systématique sur les termes de coordination, lieux de glissements de sens, de s’arrêter aux métaphores, slogans, illustrations générales pouvant avoir même fonction et de poser alors au texte la question du « c’est à dire? », tout en allant soi-même à la rencontre soit d’une réponse explicite sous forme d’énoncé d’évidence, soit d’une non réponse nous obligeant à tirer de l’énoncé précédent l’indice d’une préférence dans l’attribution de tel ou tel a priori.

On peut distinguer quatre grandes écoles qui dominent aujourd’hui le champ des analyses théoriques en économie et qui ont donc toutes pour prétention d’une part d’expliquer de manière exhaustive (en fonction de leur modèle de description spécifique) les causes structurelles des crises économiques et, d’autre part, d’exposer les démarches ajustées pour remédier aux déséquilibres ainsi élucidées.

Ecole Classique

Ecole Marxiste

Ecole Keynésienne

Ecole Régulationnis te

Acteur / Agi

Acteur

Agi

Acteur/Agi

Acteur/Agi

Individu / Groupe

Individu

Groupe

Groupe/ Individu

Individu

Rapport à la mort

Vie

Rien

Association Transcendan ce / Immanence

Association Transcendan ce / Immanence

Rapport à la nature

Objet à domestiquer

Objet à domestiquer

Objet à domestiquer

Ecosystème

L’autre

Réité

Réité

Vacuité

Ipséité

Libéralisme (Analyse classique, néo-classique) :

Le point de vue des économistes classiques ou néo-classique est assez nettement marqué sur l’ensemble de ces postulats. Et la parenté célèbre avec les origines du protestantisme nous aide d’ailleurs à distinguer ces positions de base :

Selon leur modèle, les agents sont rationnels et prennent des décisions optimales

concernant leur intérêt matériel. Et l’entrepreneur individuel qui est le sujet moteur du développement de la société, à l’instar de la figure du self made man, doit penser son intérêt propre car seule une telle conduite permet La Richesse des Nations.

Dans ces deux credos, on trouve à la fois l’idée du sujet acteur complet de son destin et la primauté de l’individu par rapport au groupe : la recherche par chacun de son intérêt individuel permet d’atteindre l’optimum général.

Concernant le rapport à la mort, l’origine protestante partagé par les théoriciens libéraux conduit à la reconnaissance de la croyance en un passage vers un autre forme de vie.

Enfin, le fondement du développement de la société capitaliste repose sur une modification intensive de la nature, objet dont la domination et l’instrumentation efficace constitue l’enjeu moteur du développement social.

Il apparaît aussi clairement que l’individu Autre est considéré au mieux comme facteur de production, voire chez Jean-Baptiste SAY, comme élément surnuméraire provisoire car “lorsque la demande de travaux grossiers diminue, les salaires tombent au dessous du taux nécessaire pour que la classe manœuvrière se perpétue” [une fois éliminés les plus faibles, le problème est résolu : le plein-emploi est assuré pour les survivants].

L’autre est donc réité. Il n’y a pas ici contradiction avec la foi : plus précisément il faut comprendre, en lien avec les postulats protestants, que les premiers théoriciens du capitalisme agisse une distorsion entre foi (amour de l’autre) et œuvre, rendue possible par l’idée selon laquelle tout homme sera sauvé : les autres peuvent donc être utilisés dans les œuvres.

Marxisme :

Dans une lettre qui exprime son opposition à l’idéalisme de Proudhon, Marx éclaire de la manière suivante son idée centrale du matérialisme historique :

“Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle forme sociale? Pas du tout. Posez un certain état de développement des facultés productives des hommes et vous aurez telle forme de commerce et de consommation. Posez certains degrés du développement du commerce et de la consommation et vous aurez telle forme de

constitution sociale, telle organisation de la famille, en un mot telle société civile. Posez telle société civile et vous aurez tel état politique.”

Ainsi, les forces productives et les rapports de production conditionnent donc l’existence sociale

On dispose donc là d’un indice fort d’une position de principe relative au rapport entre individu et liberté qui pose le caractère agi du sujet humain du fait des lois de développement des sociétés humaines selon le modèle de description matérialiste historique.

Concernant le second point, on distingue assez clairement ce qu’il en est pour les pratiques politiques prétendant s’inspirer du marxisme (discipline militante de fer, centralisme dit démocratique, dictature du prolétariat…), mais les écrits de Marx et Engels ne posent pas de postulats clairs relatifs à cette idée de primauté de l’individu par rapport au groupe ou inversement.

Deux textes nous permettent néanmoins de poser l’hypothèse d’une réponse ferme.

Lorsque Marx critique la Déclaration des Droits de l’Homme, c’est notamment parce que cette dernière ramènerait trop strictement au caractère inaliénable du droit à la propriété excluant ainsi le devoir de solidarité sociale. Premier indice d’une supériorité du groupe par rapport au sujet individu.

Par ailleurs, plusieurs écrits dénoncent la violence recouverte par les rapports sociaux capitalistes dans le fait de décomposer le collectif des producteurs en une juxtaposition forcée d’individualités séparées dont les capitalistes (eux-mêmes simples instrument du “mouvement du capital”) pompent le surtravail. Le groupe prolétaire (seul Sujet de la littérature marxiste) est donc premier. C’est la décomposition du collectif qui est d’abord soulignée et dénoncée et non l’étouffement des talents individuels.

Certains sociologues ou philosophes, se réclamant d’une filiation marxiste (Jacques BIDET, Michel HENRY ou Louis DUMONT) reconnaissent en Marx, à la lecture des modes idéologiques contemporaines qui valorisent le désir individuel et la subjectivité, un philosophe qui “en dépit des apparences est essentiellement individualiste [par opp. à holiste]”(L. Dumont, 1977). Mais aucun de leurs propos ne réfèrent des écrits de Marx ou Engels qui témoigneraient explicitement du primat de l’individu sur le groupe. Et les arguments pour sortir la pensée marxiste d’une vision holiste (considérant

les individus comme membres fonctionnels du développement d’une dialectique sociale propre au matérialisme historique) relèvent plus d’une rationalisation post mortem ralliant les fondements de l’analyse marxiste à l’ordre idéologique ambiant des troupes proches des mouvements dits de la pensée critique que d’un travail d’interprétation objectif des travaux publiés par Marx et Engels.

Concernant le troisième postulat, on peut déduire la position préférentielle relative à la signification de la mort à partir, non pas tant de l’expression de la « religion Opium du peuple » que de l’énoncé des fondements de la primauté matérialiste de l’existence humaine : c’est la force de la pratique, de l’action, de la production matérielle qui est première. Le fondement de la vie se trouve dans l’enchaînement des forces d’action sur la matière. Il n’y a par ailleurs chez Marx aucune expression d’incertitude quant à la capacité à objectiver le fonctionnement social.

Concernant le rapport à la nature, les points de vue anthropologiques marxistes rejoignent sur ce point les fondements de l’école néo-classique. “Du fait de leur organisation corporelle, les hommes doivent produire leurs moyens d’existence en transformant la nature : il n’y a jamais de liberté effective qui ne passe par la transformation matérielle (Poïesis) et qui ne produise une transformation de soi (Praxis) ». De surcroît, les marxistes sont d’abord des spécialistes du développement de l’économie industrielle attachés à ce propos au développement de ce que H. Ahrent(1994), énoncera comme un ouvriérisme théorique.

Concernant la dernière dimension, s’il est vrai que Marx et Engels dénoncent avec vigueur le fait que, dans le monde des valeurs marchandes, les sujets sont évalués en tant que choses et par conséquent transformés en chose (processus de réification) soulignant ainsi selon eux l’extrême aliénation de l’humanité dans le capitalisme, on ne trouve pas pour autant, au delà de cette identification de protestation sociale, trace d’une ouverture fondamentale à la différence de l’autre, celui qui pense différemment et déploie d’autres intérêts. Les appels à la Révolution, à la Dictature du Prolétariat laissent plutôt à penser que l’Autre doit être détruit. L’autre est donc réité.

Keynésianisme :

Le Keynésianisme correspond (dans le contexte de la grande crise de 1929) à un effort pour sortir des ornières de l’analyse néo-classique: c’est une approche qui se veut plus réaliste démontrant en particulier que dans une économie concrète les mécanismes spontanés du marché ne suffisent pas pour atteindre les objectifs essentiels que sont le plein emploi, l’évitement des crises de surproduction ou l’utilisation par trop excessive des ressources existantes.

Keynes énonce clairement dans sa critique des énoncés libéraux, qu’il n’existe pas de parfaite rationalité chez les agents économiques, et que ces derniers ne disposant jamais d’informations parfaites sur la situation présente et future, les prévisions restent marquées par “une extrême précarité des fondements de nos évaluations en la matière” (rentabilité anticipée par l’entrepreneur de son investissement).

Cet énoncé, issu d’observations empiriques, conduit Keynes à valoriser le rôle des anticipations des entrepreneurs dans une bonne tenue de l’économie tout en soulignant le caractère “subjectif, non rationnel” du pari posé : les erreurs d’appréciation existent (Exemple célèbre : le prêt à des créanciers insolvables). L’Etat peut dès lors réguler au niveau global les incohérences locales possibles : on peut considérer que la démarche Keynésienne valorise un a priori d’un Sujet à la fois Acteur et Agi.

A propos du rapport Individu/Groupe, la position basique Keynésienne -si elle s’appuie globalement sur les effets délétères en terme de cohésion sociale des pratiques capitalistes non régulées par l’Etat – ne bascule pas du côté de la position du primat de la communauté : comme l’indique Keynes (1990), “l’appel intense aux instincts de lucre de l’individu comme principale force faisant fonctionner la machine économique est indispensable”.
Il n’y a pas contradiction, mais plutôt semble-t-il une souplesse d’arbitrage s’appuyant sur l’alternative Sujet / Groupe.

Concernant le troisième postulat, on pourrait déduire la position préférentielle relative à la signification de la mort à partir de l’énoncé célèbre de Keynes concernant les anticipations LT “A long terme, nous serons tous morts!”. Il est plus sérieux de signifier que l’on peut identifier au travers de l’instance keynésienne concernant les incertitudes

irréductibles des comportements économiques, l’expression possible d’une articulation Transcendance/ Immanence.

Concernant le rapport à la nature, le point de vue keynésien reste fondamentalement dans la lignée des idées d’assujettissement de la nature à l’homme.

A propos du phénomène de l’altérité, il est vrai que Keynes dénonce avec vigueur le caractère « belliciste des propos politiques révolutionnaires de Marx ». Pour autant, il n’y a guère de position explicite concernant l’autre : la position de Vacuité semble la plus ajustée.

L’école de la régulation

L’école de la régulation est constituée d’un groupe d’économistes français d’inspirations initiales marxiste et keynésienne qui s’est attaché à l’étude de la crise contemporaine à partir d’une analyse historique comparative permettant de distinguer les changements significatifs des modalités de production, d’échange, de consommation et d’accumulation du capital dans les sociétés capitalistes.

L’originalité de leur analyse repose à la fois sur une revue critique des fondements dogmatiques obsolètes des trois écoles précédentes et sur une tentative de relecture systématique des changements survenus au cours des trois « grandes crises » du développement capitaliste contemporain (1866, 1929, 1975).

Aussi, de plus en plus articulés à l’identification des limites des théories précédentes confrontées aux différentes réalités socio-économiques, les écrits régulationnistes laissent peu de place à l’expression franche de postulats idéologiques énoncés sous forme d’évidence.

Les indices ténus que nous avons perçu relèvent plus de la lecture des prises de positions de certains auteurs de cette Ecole (Lipietz, Boyer, Aglietta) concernant des événements sociaux proches (notamment « le magnifique mouvement de décembre 1995 »

A. LIPIETZ, 1996), que d’une reprise directe des écrits théoriques.
Concernant le premier postulat, les régulationnistes rejoignent la position des

keynésiens tout en empruntant une démarche d’allure marxiste : il existe des règles du développement économique qui s’appliquent à tous et forment un tout cohérent (organisation de la production, partage de la valeur ajoutée, composition de la demande de consommation) pour chaque régime successif d’accumulation. Mais en même temps, les économistes de la régulation reconnaissent que les changements de régime d’accumulation sont les produits à la fois d’innovations techniques décidées par des groupes d’acteurs entrepreneurs, et par des contestations des modes d’organisation du travail et de l’autorité en entreprise par les salariés. Ne reprenant pas à leur compte la phraséologie marxiste signifiant ces décisions comme le produit d’une nécessité historique dont ils seraient les simples exécutants, on peut légitimement considérer que l’école de la régulation mobilise un a priori du sujet à la fois agi et acteur, acteur en agissant en fonction de la connaissance et de l’articulation des lois ainsi énoncées.

Fondamentalement, les régulationnistes mettent particulièrement en avant la remise en cause des formes institutionnelles du régime d’accumulation de type fordiste dans ses trois dimensions structurantes : organisation du travail, normes de consommation et coûts collectifs de la croissance.

La crise sociale du travail est reliée dans leur propos à la négation des subjectivités créatrices (Gorz) du capitalisme industriel et marchand. Ce n’est plus tant le sujet collectif prolétaire qui est défendu, que la personne dans sa quête d’épanouissement et d’émancipation des groupes ou classes. L’individu est donc premier par rapport au groupe. C’est le premier point central de clivage avec les fondements marxistes, même si quelques auteurs en appellent dans leurs conclusions à la « volonté du peuple décidé ». + problème d’attachement à la solidarité sociale (indice d’une dissonance cognitive relative aux appartenances idéologiques premières…).

Les postulats idéologiques du rapport à la mort ne peuvent pas être distingués dans la démarche régulationniste : les trois positions sont compatibles.

Par contre, il y a une rupture évidente concernant le rapport à la nature. Les auteurs de l’école de la régulation insistent avec force sur le bilan écologiquement insoutenable de l’accélération systématique de la productivité apparente du travail. Aussi, renvoient-ils au respect nécessaire de l’équilibre des écosystèmes. La nature est une ressource tranformable.

Pour ce qui concerne le dernier a priori fondamental, il semble que les auteurs

sont ici plus attachés à la volonté de « recoudre la déchirure sociale » qu’à la volonté de convaincre de la puissance supérieure de leur modèle de présentation de la situation économique. C’est la volonté d’ouverture à l’autre et la main tendu aux plus faibles, à l’intérieur d’une démarche réformiste de négociation avec les acteurs des pouvoirs, qui semble structurer le fondement du rapport à l’autre au cœur de cette démarche. L’autre est donc ipséité.

En résumé, ce modèle d’analyse des cinq a priori fondamentaux trouve donc une application heuristique des plus claires pour identifier les soubassements idéologiques structurels des pensées économiques contemporaines.

Le travail présenté n’est que l’ébauche d’un programme d’étude plus ambitieux : ce programme visera non seulement à fiabiliser ces premiers résultats à partir d’une interrogation des auteurs de chacune de ces Ecoles mais aussi à identifier les dynamiques possibles d’évolution, de modulation, de ces systèmes de pensée notamment en clarifiant d’une part les hiérarchisations portées sur ces différents a priori et d’autre part les articulations construites avec les importants pragmatiques lors de décisions concrètes relatives au champ économique et social.

Par ailleurs, constatant qu’au fur et à mesure des développements théoriques, les écoles marchent par accumulation successive de savoirs qu’elles passent au crible du réel, il devient de plus en plus difficile d’accéder aux évidences premières. Il est alors nécessaire d’aller au contact des littératures et des littérateurs pour identifier les

importants pratiques confrontés au réel.

Pronostics d’évolution des positionnements politiques à partir de l’identification des Postulats Idéologiques de base

Groupes Partisans

A Priori Fondamentaux

MDC

PC

PS

Verts

Droite Tendan ce Sociale Démoc rate Chréti enne

Bayrou

Droite Tenda nce Libér ale

Madel in

Droite Tendance Tradition aliste

Pasqua – Villiers

FN

Agi
Acteur
Agi /Acteur

Agi

Agi

Agi / Acteur

Agi /Acteur

Acteur

Acteu r

Acteur

Acteur

Individu Groupe Individu/ Groupe

Grou pe

Grou pe

Individ u/ Groupe

Individ u

Individ u/ Group e

Indivi du

Groupe

Groupe

Nature objectivée Nature subjectivée Ecosystème

Objet

Objet

Ecosyst ème

Ecosyst ème

Objet

Objet

Objet

Ressour ce

Alterité Réité Vacuité

Vacuit é?

Réité?

Ipséité

Ipséité

Ipséité

Réité

Vacuité

Réité

Immanence Transcendance Immance/ Transcdce

?

Imanc e

?

?

Transc dce

?

Trnscdce

Trscndc e

Démarche d’étude :

Discours de vérité mêlant faits, valeurs et croyances, les systèmes idéologiques politiques déploient des représentations indiquant leurs préférences du point de vue de l’ensemble des a priori fondamentaux relatifs aux composantes essentielles de l’existence humaine. Nous nous sommes donc efforcés de les identifier en partant des programmes, discours et autres interviews des représentants les plus connus appartenant aux partis significatifs du paysage politique français.

Le traitement de tels corpus reprend en fait une des démarches de l’entretien d’explicitation, mais ici de manière évidemment spécifique : il s’agit de se centrer notamment sur les termes de coordination (lieux de glissement de sens), de s’arrêter aux métaphores, slogans, illustrations générales pouvant avoir même fonction et de poser alors au texte la question du « c’est à dire? », tout en allant soi-même à la rencontre soit d’une réponse explicite sous forme d’énoncé d’évidence, soit d’une non réponse nous obligeant à tirer de l’énoncé précédent l’indice d’une préférence dans l’attribution de tel ou tel a priori.

Nous avons distingué huit mouvements politiques qui dominent aujourd’hui le champ de la prétention à participer au gouvernement de notre pays. Et nous nous sommes ainsi efforcés de repérer leur a priori existentiels à partir du modèle d’analyse ci-dessus.

Commentaires du tableau :

A propos du clivage Gauche / Droite : Vitalité et Usures.

Il est frappant de constater que, contrairement aux discours les plus convenus en matière d’étude des mouvements politiques, la différence idéologique entre la gauche et la droite trouve en France un fondement des plus clairs.

Les mouvements de Droite insistent quant à la causalité individuelle des événements : ils sont du côté de la norme dite d’internalité. La détermination par la situation (on pense notamment à l’origine sociale) n’est donc jamais première.

Les mouvements de gauche déploient, quant à eux, une préférence pour une causalité de type situationnelle : ce sont les déterminants environnementaux qui agissent sur les personnes. On peut considérer que du côté du Parti Socialiste, le postulat est plus précis : il existe des déterminations notamment sociales, mais elles ne soulagent pas l’individu de sa responsabilité personnelle et de sa capacité à agir de manière autonome c’est à dire en prenant en compte ses Nomos. Cette interprétation trouve sa confirmation dans l’observation des préoccupations premières partisanes : le souci à Droite d’une liberté à laisser notamment dans les actes microéconomiques (Consommation / Production / Utilisation du Revenu), le souci à Gauche d’une équité sociale à promouvoir (la prise en compte des plus démunis).

En même temps, il est frappant de constater à quel point, sur tous les autres postulats, le clivage Droite/ Gauche n’est plus en effet d’actualité. Ils ont néanmoins une grande vertu heuristique à la fois pour confirmer cette obsolescence et pour identifier clairement les différences internes.

A Gauche :

Nos résultats d’analyse démontrent la proximité des fondements idéologiques du PS et des Verts. Rien de fondamental ne les distingue : l’insistance sur les préoccupations relatives à la nature ne constitue qu’une différence apparente. Le seul point de distance relèverait du rapport Individu / Groupe : du côté du mouvement socialiste, il n’existe pas de priorité structurelle a priori mais un balancier de droit et de devoir de l’un vis à vis de l’autre. Chez les Verts, si certaines positions de principe stipulent une recherche d’équilibre entre les deux positions, les prises de décisions dans les situations sociales ou politiques critiques accordent une prédominance au sujet individuel. Le groupe n’est pas premier.

On retrouve là une forme de tradition libertaire qui vise le soutien à la personne dans sa quête d’épanouissement et d’émancipation des groupes ou classes notamment en matière de mœurs. L’individu semble donc être premier par rapport au groupe.

On peut faire l’hypothèse qu’au fur et à mesure de la prise de responsabilités politiques de ce mouvement, des a priori de type pragmatique conduiront les dirigeants à faire évoluer le postulat de primauté du sujet individuel : l’architecture sociale comme espace de construction de la citoyenneté sera alors plus prise en compte.

Cette contiguïté des positions entre Verts et PS est d’ailleurs fort bien perçu par Daniel COHN BENDIT : « Le grand débat qui nous divise porte sur la définition de l’urgence ». Il n’y a donc pas, au sens propre du terme, de désaccord de fond. Pourtant, notamment au niveau local, il est frappant de constater la force d’expression des conflits entre ces deux mouvements : la lutte de « la petite différence » se traduit en lutte de pouvoir, de concurrence pour un même marché, où l’autre (partenaire de fond perçu comme rival) est vécu soit comme un traître, soir comme un « pilleur-copieur »?.

Si la proximité idéologique PS / Verts paraît confirmée, qu’en est-il du lien entre les deux partenaires traditionnels de la Gauche PS et PCF? Il est frappant de constater que les a priori existentiels sont en fait assez éloignés. Car là où le PS ne s’engage pas sur une priorité structurelle dans ses positions idéologiques, le PCF déploie, lui, des positions de principe structurelles. C’est d’ailleurs la stabilité de ce positionnement dogmatique qui explique à la fois la faiblesse relative du PCF aujourd’hui en France et l’échec cuisant de la liste Bouge l’Europe! aux élections européennes dernières : la composition de cette liste produisait un grand flou quant à la permanence des fondements idéologiques de ce mouvement en cohérence avec le PCF. Troublant ainsi les représentations encore attachées à la direction de ce parti, les électeurs traditionnels du Parti Communiste ne pouvaient pas s’y reconnaître.

La reproduction de cette fragilisation identitaire (cette apparence de métamorphose libertaire) ainsi produite pourrait conduire à deux scénarios non exclusifs : la fin du PCF, l’intégration des représentants réformistes du PCF au PS sans pour autant que l’électorat communiste suive.

C’est pour cette raison qu’en effet, stratégiquement, le PS n’a pas trop intérêt à court terme à favoriser un changement radical des représentations idéologiques attachées au PCF : le face à face idéologique PS-PCF permet plus facilement de gagner les élections en cas d’union qu’en cas de fusion; car dans ce dernier cas, un noyau idéologique -certes faible mais électoralement significatif- ne serait plus représenté.

Le cas MDC : Comparaison PC et Opposition aux Verts.

Il n’est pas évident de distinguer les a priori distinguant la tradition du mouvement MDC du PCF : autant en effet, dans les fondements de l’idéologie communiste, la mort constitue strictement l’arrêt de toute existence, autant ne trouve-t-on pas de position tranchée au MDC. Mais en fait comme nous le verrons, cet a priori est peu structurant de l’action et de l’opinion manifestée dans le champ politique.

En fait, pour ce qui concerne ces deux partis, la distinction entre l’a priori théorique existentiel et l’a priori pragmatique paraît des plus heuristiques notamment ici pour ce qui concerne le rapport à l’Altérité. Autant dans les fondements théoriques marxistes, les appels à la Révolution, à la Dictature du Prolétariat laissent plutôt à penser que l’Autre doit être détruit comme objet de l’aliénation, autant dans les fondements pragmatiques les dirigeants communistes sont mus par une plus grande ouverture à l’autre et exprime clairement l’abandon des fondements d’une idéologie exclusive.

Par contre, nous faisons l’hypothèse qu’issu des courants réformistes, le MDC se réfère certes à une ouverture théorique à la différence de l’autre mais déploie d’un point de vue pratique des démarches où l’Autre est considéré comme une réité.

Par ailleurs au MDC le culte de la mystique républicaine, l’identification forte à des héros politiques, à des figures transcendantes s’opposent à la situation de sécularisation avancée du PCF.

Ces clefs de lecture démontrent par ailleurs que les deux mouvements les plus en proximité du PS (MDC historiquement, les Verts idéologiquement) déploient des A priori assez opposés; notamment sur la place laissé à l’individu acteur. Et c’est en effet la pierre d’achoppement entre ces deux mouvements : MDC traitant la pensée Verte « d’Idéologie Libérale Fin de Siècle », les Verts reprochant à MDC « son incapacité à décrypter la réalité ».

A Droite :

On peut constater à la lecture du tableau que nous n’avons pas distingué de

liste RPR. Les dernières élections européennes ont en fait démontré l’existence de trois Droites : Démocrate Sociale Chrétienne, Libérale et Traditionaliste, dont seule cette dernière peut se revendiquer d’une tradition Gaulliste.

Retour sur la distinction Gauche / Droite :

On identifie clairement qu’il n’y a qu’un seul A Priori fondamental (l’A priori du Sujet Acteur ou Agi-, mais on a perçu qu’il était de taille), qui distingue PS et Démocratie Sociale Chrétienne : il n’est donc pas impossible que des accords puissent se réaliser y compris sur des questions de société (abstraction faite du problème de la laïcité) lorsque l’indice pragmatique pour l’un comme pour l’autre primera sur l’attachement à ce postulat.

Le rapport à la nature constitue aussi un point de postulat commun entre certains partis de la Gauche et certains partis de la Droite : la Droite (sauf sa partie Traditionaliste) partage avec le PCF et MDC le souci premier du développement de la civilisation industrielle. On verra donc que le souci de la nature comme écosystème, auquel se réfèrent Socialistes et Ecologistes, constitue aussi une préoccupation fondamentale dans l’idéologie Traditionaliste de Droite voire, mais d’une façon il est vrai très spécifique, d’extrême droite.

Maintenant quelles sont les distinctions idéologiques fondamentales entre ces trois traditions politiques de Droite?

Entre la tendance chrétienne (ne pourrait-on pas dire ici, plus précisément, catholique) et la tendance libérale, la divergence forte porte sur au moins un point aussi fondamental que le précédent. Ce point est précisément illustré par Dominique PERBEN : « Nous avons toujours été pour une gestion libérale d’économie, mais c’est pour nous une technique de gestion, pas un principe de société ». Et il rajoute « Le tandem Sarkozy-Madelin a tenu un discours trop proche de celui de Démocratie Libérale ».

Les clivages politiques fondamentaux à Droite sont rendus peu lisibles du fait de la force des rivalités entre hommes de même tendance. Mais entre ces deux tendances de la Droite, il existe évidemment des points communs : l’individu acteur premier, la primauté de l’action industrielle sur la nature.

Manifestement la Droite incarnée par François BAYROU se soucie plus du lien social (la loi du marché n’est pas un principe de souveraineté) et ne fait pas strictement référence à la raison individuelle pour trouver la mesure des choses : la morale chrétienne notamment catholique (Sujet Acteur/Agi,

Groupe premier et vie après la mort) a des effets notamment du côté d’une certaine forme d’appel à la miséricorde et à la justice sociale. Enfin l’Altérité, comme chez les socialistes et les Verts, est ipséité et la vie transcendance.

Chez les libéraux actuels, au delà du franc attachement au postulat de l’individu acteur, l’arbitrage envers le collectif ne fait pas partie de son lot idéologique : à l’instar de Margaret Thatcher, ils pourraient confirmer que “la société n’existe pas” (Cité par Anthony Giddens).

Le rapport à la mort n’est pas constituée par une position de principe structurelle; aucune des trois positions possibles n’étant par ailleurs contradictoire avec l’ensemble des autres postulats.

Par contre, et là la distinction est forte avec la tendance sociale chrétienne, l’individu Autre est considéré au mieux comme facteur de production, voire (Cf. Jean-Baptiste SAY) comme élément surnuméraire provisoire car “lorsque la demande de travaux grossiers diminue, les salaires tombent au dessous du taux nécessaire pour que la classe manœuvrière se perpétue” [une fois éliminés les plus faibles, le problème est résolu : le plein-emploi est assuré pour les survivants]. L’autre est donc réité.

Pour la tendance dite traditionaliste, la distinction avec la tendance dite sociale chrétienne paraît relever de deux postulats : le groupe est premier, on doit rester fidèle à une certaine forme d’organisation sociale, aujourd’hui de communauté nationale; et, allié à l’attachement à la ruralité, à la terre-patrie ces postions constituent les points d’appui premiers de dénonciation des méfaits du capitalisme sauvage. On a là des ingrédients pouvant susciter des alliances avec des mouvements de gauche attaché à ces deux dimensions sans nécessairement partager un des fondements religieux du mouvement.

Quant à l’extrême droite, si elle reprend globalement les postulats communs de la Droite, elle s’en distingue sur un point : l’altérité qui, constituant de toute façon un être inférieur, doit être exclue. On identifie alors assez clairement que les stratégies de démarquage vis à vis du Fondateur du Front National relèvent d’effort pour masquer l’expression de ce postulat (en ouvrant sa liste à des noms juifs, arabes ou à des gens de couleur…).

Conclusion :

Si l’on conçoit les positionnements partisans en fonction de cette grille de lecture, on perçoit aisément que de nombreuses autres articulations d’a priori

peuvent exister. Il suffit d’ailleurs d’analyser, par exemple, les productions de mots d’ordre des représentants du mouvement dits des “chasseurs” pour distinguer une nouvelle forme d’articulation des pensées de droite : -l’idéologie de l’individu acteur, alliée à

-une préférence pour l’alternative communautaire, l’appartenance au terroir -une pensée fondamentale de croyance en une vie après la mort
-un a priori de l’autre comme réité
est ici spécifiquement articulée autour d’un ordre de pensée écosystèmique : le devoir d’un chasseur est aussi d’entretenir et de soigner le gibier afin que naisse et se préserve une situation saine, forte et diversifiée quant aux espèces.

Cette position la distingue des pensées de la droite classique (homme maître et dominateur de la nature pour ses besoins économiques) , de la pensée d’un mouvement plus fondamentaliste du style La Loi Naturelle (la nature est un sujet de Droit), et la rapproche étonnamment de l’idéologie écologiste Verts. En fait, il n’y a aucun autre point commun entre ces deux mouvements et malgré les apparences et ce n’est donc pas fondamentalement sur ce terrain là que la dispute a lieu.

De nombreuses articulations d’a priori fondamentaux n’ont pas été ici distinguées et pour cause : théoriquement, il existe 243 combinaisons possibles de ces cinq a priori fondamentaux (3). Les treize autres listes candidates aux élections européennes seraient susceptibles d’un traitement équivalent pour identifier leurs fondements de représentation. Une telle démarche vaudrait surtout pour identifier les liens possibles et les évolutions envisageables, notamment au coeur de la construction européenne, au gré des frottements entre environnements partisans de fondement apparemment commun mais d’univers culturels et nationaux différents.

Notons enfin que, si non seulement il faut étudier dans l’action concrète la capacité des acteurs partisans à associer leurs actions plus à des a priori pragmatiques qu’à leurs a priori existentiels, il convient aussi d’identifier la hiérarchisation des éléments à l’intérieur d’un système de position commune quant aux a priori fondamentaux : non seulement, les partis se distinguent en effet par leur différence de position sur chacun des a priori, mais aussi – lorsqu’il y a identité de positionnement idéal- par l’attachement tel ou tel élément a priori avant tel autre. C’est aussi ce phénomène qui explique les phénomènes dits de “courants” à l’intérieur de même parti.

Appliqué à l’étude des opinions politiques, ce système d’analyse des arrière- fonds idéologiques est tout aussi adapté pour identifier non seulement aussi les fondements des systèmes de croyance religieuse ou de position philosophique mais de surcroît toutes théories à prétention d’explication des

phénomènes psychosociaux (notamment, comme nous l’avons vu, les théories économiques). On notera simplement qu’il est frappant de constater que l’on peut associer à chacun de ces trois domaines fondamentaux de pensée (religion ou philosophie, politique, théorie socioéconomique) une catégorie d’a priori première spécifique :

Pour les théories socio-économiques, c’est le rapport à la nature qui sera premier (les distinctions viendront des positionnements sur les autres a priori).
Pour les positionnements philosophiques ou religieux, il s’agit du rapport à la transcendance ou à l’immanence.

Quant aux positionnements politiques, on identifie assez clairement la primauté de la catégorie du sujet : acteur, agi ou combinant les deux positions.

Il existe donc une dynamique du modèle qui rend compte des diverses positions idéologiques. Le premier principe de cette dynamique correspond donc aux mécanismes de prise de position d’évidence relative aux éléments essentiels de l’existence humaine en société.

Le deuxième principe de la dynamique du modèle est donc constitué par un principe de hiérarchisation de l’importance des a priori les uns par rapport aux autres.

Si des individus considèrent comme le plus important de s’intéresser à la survie de l’espèce et donc de s’intéresser à ce qui conditionne son existence dans son rapport à sa subsistance dans le milieu naturel, il mettra en premier dans la liste des a priori le rapport de l’homme et la société à la nature. Ces individus seront donc plus des économistes et développeront des théories et des pratiques économiques.

Si des sujets posent comme le plus important dans l’existence le rapport du sujet avec le groupe social, on aura des personnes qui seront plus des politologues qui développant des théories sur la coexistence entre les individus en fonction des quatre autres prises de positions relatives aux a priori moins importants à leurs yeux. C’est ainsi notamment que les philosophes grecs Platon et Aristote développeront leur position sur la République.

Enfin, si les individus s’intéressent principalement au devenir des sujets après la mort, ils formuleront alors soit des théologies et systèmes philosophiques dans le cadre de croyance en une vie après la mort (idéalisme

transcendantal), soit des croyances concevant la vie limitée à notre existence, développant ainsi des théories philosophiques matérialistes ou immanentistes.

Selon ces deux principes de dynamique interne du modèle, il est possible de comprendre les différences des systèmes idéologiques et de prévoir les évolutions possibles en fonction de la variation de la hiérarchie des importants qui va apparaître dans les années prochaines.

L’importance d’un a priori relativement aux quatre autres survient à la suite des interactions entre la pensée sociale et les actions qui transforment les réalités d’existence.

Conclusion finale : de l’épuisement des morales universelles à l’étique de la décision

Nous avons montré qu’il existe une hiérarchie dans les représentations sociales et qu’il est possible de reconstruire les différentes représentations des objets sociaux en fonction des a priori fondamentaux activés par une société ou un groupe.

Or si parmi les formes des positions d’a priori, aucune n’est logiquement supérieure que les autres, alors toutes les éthiques fondées sur les valeurs ne tiennent plus dans leur prétention à l’universalité. En particulier l’universalité des droits de l’homme est remise en question. En contre coup, peuvent être remis en question les jugements d’ajustement des actes d’un individu, s’ils sont uniquement analysés au seul regard des valeurs.

Dès lors sur quoi fonder les jugements du droit, les jugements de l’utilité sociale tout comme les jugements moraux ?

Nos travaux dirigent les réponses vers la cohérence des décisions, dans lesquelles se conjuguent l’ensemble des a priori fondamentaux d’existence et les impératifs de logique formelle de l’investigation rationnelle et les impératifs pratiques déterminés par les facteurs de la situation c’est-à-dire les éléments d’interactions sociales et de potentiels d’action des individus( R et H Michit, 1998).

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