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Les émotions

By 10 mars 2019 No Comments
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Elles ont toujours1 fait l’objet d’attention particulière puisqu’elles font partie du quotidien des philosophes, des sages, des dramaturges et des poètes, qui ont écrit aussi bien pour les valoriser car elles sont la source d’une énergie formidable que pour les décrier à cause de leur capacité à inhiber l’action ou encore à cause de l’aveuglement irrationnel et incorrigible qu’elles produisent. Comment une même réalité peut-elle avoir des effets aussi antinomiques? Est-ce de la même réalité dont il est question ?

A ce jour, nous trouvons des contributions2 décrivant leur type en distinguant les positives (joie, émerveillement, admiration, sentiment amoureux) des négatives (colère, tristesse, peur, désolation, dégout). Les auteurs précisent leurs effets et leurs fonctions qui donnent de la couleur à la vie. Mais pour connaître leur structure comme structure cognitive performatrice nous trouvons peu de référence.

« Ce matin je me suis fait happée par une émotion mauvaise, j’ai dû me bagarrer pour la chasser de ma tête.

C’est bizarre comment elle est arrivée d’autant que c’était un vieux mauvais souvenir enfoui depuis très longtemps! »

En effet, il est courant de se faire ῝happer′′ par l’émotion. Tout l’art consiste à s’en libérer quand elles inhibent l’action ou obscurcissent la vie jusqu’à la déprime et à les utiliser à bon escient sans se laisser aveugler lorsqu’elles procurent une énergie d’action décuplée.

Par ce court texte, nous nous proposons de mettre en évidence la structure de toute émotion afin de pouvoir comprendre leur fonction et ainsi trouver les manières de les prendre en compte sans se laisser submerger tout en goûtant leurs effets sans aveuglement.

Qu’est-ce qu’une émotion.

Toute émotion positive ou négative apparaît ou advient lorsqu’un humain perçoit une information qu’il met en lien immédiatement, par une activité neuronale implicite, à une valeur normative ou un impératif catégorique.

Si l’information correspond ou stimule une valeur qui est positive pour le sujet alors surgit une intense émotion de plaisir, de joie, de satisfaction, un sentiment de bien-être.

Si l’information, pour le sujet, présente un danger, surgit la peur, met en présence d’une contrevaleur apparait la colère, le dégout, ou si elle se trouve à remettre en cause un droit ou une intégrité personnelle se pointe alors un sentiment d’injustice jusqu’au ressentiment.

Toute émotion est donc le « construit“ d’une information mise en lien avec une valeur essentielle ou un impératif de vie personnel et singulier.

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1 Le traité des passions de R. Descartes 1649 reprend toute une tradition des mouvements irrationnels décrits par les stoïciens et Aristote et reprise dans la grande histoire de la tragédie grecque.
2 Dans l’engouement actuel les concernant des auteurs apportent de la confusion entre des comportements et les émotions, en particulier les apports de Barbara Frédrickson n’aident pas à la clarification.

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Toute émotion est donc totalement subjective. Une même information peut créer des émotions entièrement opposées chez deux personnes différentes.

L’émotion comme un facteur d’action

Ce construit affectif devient une perception cognitive créée qui entre dans tout processus d’actions, de comportements ou de décisions prises dans l’immédiateté de l’action3.

Dans ce cas, très souvent l’émotion se transforme même en une réaction dans l’immédiateté du temps. Elle prend la forme d’un comportement primaire qui ne prend pas en compte tous les éléments de la situation.

Lorsque ce construit cognitif, persiste du fait de sa puissance affective et mnésique, l’émotion envahit tous les moments de la vie. Elle occupe l’esprit qui se trouve en difficulté pour la chasser. Il s’en suit que cette perception-émotion peut rester seule donc envahissante sans combinaison avec d’autres perceptions et d’autres impératifs qui contribueraient à diminuer son influence. Elle est le propre de tout aveuglement sans discernement.

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Le centre de l’activité émotionnelle est le sujet, l’individu seul. Autrement dit, « l’émotionné“, celui qui est pris par une émotion, est totalement autocentré soit il exprime la satisfaction de l’adéquation de ses perceptions avec ses impératifs de vie soit il en rejette l’incohérence.

Ainsi, sans mise en lien avec d’autres éléments de l’entourage (perception ou impératif de vie) elle envahit tous les moments de la vie produisant une joie et paix profonde si elle est positive ou un assombrissement de tous les instants entrainant déprime et vie sombre et ombrageuse.

Pour une action ajustée

Pour agir de façon ajustée, il convient de se dégager de la prégnance univoque des émotions. Pour cela, il convient de les identifier comme des perceptions parmi toutes les perceptions à prendre en compte

• au moment de l’action
• comme dans les temps de réflexion préparant une séquence d’actions pour éviter

l’obscurantisme, l’aveuglement et l’intégrisme.

Nous savons désormais que tout micro processus décisionnel lors d’une décision-action ajustée prend en compte quatre perceptions et trois impératifs propres à la situation d’actions. (cf. précédent texte : le potentiel d’action)

Dans le cas d’une situation où une émotion apparait, il convient donc, pour rester ajusté à la situation, • de mettre cette émotion en lien avec une autre perception sensorielle.

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3 Le concept de décision-action répond à cette catégorie d’actions perçues comme réflexes par leur immédiateté non réflexives et pourtant totalement perçue comme des décisions par leur auteur lorsqu’ils sont amenés à les décrire dans l’après coup de l’action.

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  • Puis, il convient de mettre ces deux ῝perceptions′′ en lien avec la découverte instantanée4 de la structure de la situation (ou loi de situation : contrainte/service)
  • puis de les associer à un moyen permettant la réalisation de l’action adaptée.Une action est adaptée à la situation lorsque les perceptions et les moyens sont en cohérence avec les impératifs de la situation : par exemple les activités à réaliser, l’utilisation des outils, le respect des procédures, la prise en compte des autres. Sous l’aspect des impératifs, les autres sont des personnes actrices et pas seulement des éléments constitutifs de la situation.

    A la différence des perceptions sensorielles, l’émotion est une perception construite chargée d’une énergie active et d’une puissance mnésique importante; la perception d’une injustice produit de la colère. Parfois, l’émotion est chargée d’une force de sidération de l’action quand la personne ne découvre pas la sortie de l’oppression qu’elle produit ; la peur d’aller à l’école produit une phobie qui empêche de franchir l’obstacle pour affronter la foule des autres.

    En forme de résumé

    L’émotion entre donc comme une perception dans le processus des décisions-actions du quotidien.

    Elle peut être momentanée comme elle peut être persistante occupant l’espace des perceptions en dirigeant ou empêchant l’ouverture du champ perceptif ou la hiérarchie d’un autre type d’enjeux présents dans la situation, dans ce cas l’émotion est une perception latente et prégnante voire insistante difficile à déloger, elle masque les stimulations sensorielles et mnésiques d’autres perceptions.

    Pour accéder à un traitement ajusté d’une situation procurant une émotion, il convient d’acquérir une représentation de soi précise et constante dans tous les moments d’une séquence d’actions personnelles ou professionnelles. Cette conscience de soi en acte permet de mettre en présence tous les éléments de la situation. Ainsi elle garde à l’émotion toute sa place et sa puissance énergétique et dynamique sans lui laisser prendre toute la place. Sans l’éliminer elle la prend en compte la remet à sa place et donne la possibilité d’être ajusté à la structure de la situation sans froideur ni affectation.

    Cette compétence de pleine conscience s’obtient par l’explicitation des processus décisionnels conduit par un professionnel de l’accompagnement et du coaching par l’actualisation du potentiel d’action. Ces pratiques sont décrites dans les contributions précédentes.

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4 Dans une réalisation opérationnelle d’un plan d’actions, il arrive à tout instant que la réalité prévue se déforme et se trouve dans un état différent de celui attendu. Il faut donc parfois avoir la force de la désobéissance à la stratégie envisagée pour être ajusté à l’évolution de la situation. La force d’un opérationnel n’est pas seulement la discipline mais aussi la désobéissance éclairée par la réalité. Au sujet d’un amiral de valeur un ministre anglais dit ceci : « il a toute les qualités de Nelson sauf une : il ne sait pas désobéir. » cité par C. De Gaulle au fil de l’épée.

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