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Science humaine, science exacte

By 28 février 2019 No Comments
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Thierry COMON -Robert MICHIT

 

 

 

Mots clés : science, connaissance, subjectivité, objectivité, lois.

 

Résumé

 

La contribution qui suit constitue un travail d’épistémologie appliquée aux sciences de l’homme et de la société. Nous revenons sur un vieux débat, à notre sens trop vite clos, celui de « l’irréductible différence de nature » entre objets des sciences de la matière et objets des sciences humaines. C’est en revenant à un des textes de base d’épistémologie de Max WEBER, « Essais sur la théorie de la science », que nous avons identifié un glissement de sens. Ce biais à contribué à l’abandon, aujourd’hui massivement confirmé, du projet suivant : désigner des lois de structure objective des phénomènes psychosociaux en intégrant, comme dans les sciences dites dures, des phénomènes d’incertitude. Nous précisons les fondements de reprise de cette ambition scientifique.

 

Science humaine science exacte : 1

Introduction : Une vieille question trop vite enterrée. 3

Première partie. 5

Les limites du système de connaissance wéberien au regard du statut de la connaissance en sciences humaines  5

  1. Le passage de la notion de connexion causale à la notion de point de vue. 5

2 La subjectivité de la connaissance : une évidence a priori. 5

  1. La contradiction aporétique de la conjecture de Weber. 6

Deuxième partie. 7

L’explicitation des lois de structure des phénomènes psychosociaux. 7

Hypothèse 1 : La méthode expérimentale permet une identification stable des lois des conduites humaines et  donc d’anticiper les comportements. 8

Première expérience pour la mise en évidence d’une première loi universelle en sciences humaines. 8

Hypothèse  2 : L’accès aux fondements des connaissances du chercheur permet de vérifier le caractère objectif ou subjectif de ses énoncés. 8

Hypothèse3 : les limites de la connaissance en sciences humaines sont imposées par la représentation d’une spécificité subjective associée à la nature de son objet d’étude. 9

Hypothèse 4 : Les méthodes d’investigation et les modèles théoriques dominants ne sont pas adaptés à l’objet d’étude  10

Propositions théorique et méthodologique. 12

Les Eléments théoriques proposés. 12

Les éléments méthodologiques proposés. 13

Conclusion : 13

 

 

.

Introduction : Une vieille question trop vite enterrée.

 

«La définition minimale de la science suppose l’existence de lois générales,

un champ d’expérimentation ou d’observation et enfin l’effacement

du discours abstrait devant l’application pratique»

Bronislaw MALINOSWSKI, 1944

 

En s’appuyant sur le postulat aujourd’hui peu discuté selon lequel les actions humaines échapperaient à des lois régulières, il semble acquis (au moins depuis Max WEBER) la nécessité d’abandonner le projet durkheimien visant à édifier l’explication de la société à partir d’un système complet de lois sociales (Aron, 1967). Les démarches convoquées (même celles relevant de la méthode expérimentale) pour rendre compte des conduites humaines n’accorderaient pas aux sciences humaines le même statut scientifique reconnu aux sciences de la nature. Il serait désormais illusoire de penser que le monde social connaîtrait des lois structurantes et déterminantes au même titre que celles qui régissent le monde physique et biologique. Un retour critique sur les  Essais sur la théorie de la science de Max Weber[1] devrait nous autoriser pourtant, d’une part à questionner le postulat, et d’autre part, à expliquer les conditions épistémologiques nécessaires pour établir une connaissance précise des systèmes de lois gouvernant l’humanité sociale.

Lorsque Max Weber étudie les conditions de production de connaissances objectives dans les sciences et la politique (Weber, 1904), ses observations sur les régularités des “ connexions causales ” sont indiscutables relativement aux théories de l’action. Il est vrai que les situations des personnes physiques ou morales sont la conséquence d’une multiplicité de facteurs. Dans la continuité de ces observations, Janis (1972) en particulier montre que les décisions institutionnelles sont la conséquence d’un engrenage de plusieurs types de facteurs, tout comme Bresson (1972) le constate pour les décisions individuelles. De façon synthétique et générale, ces facteurs relèvent à la fois des déterminants sociaux (Durkheim, 1930, Ansart,1990), idéologiques – systèmes de valeurs et représentations sociales (Jodelet, 1989, Abric, 1984, 1994)-, des facultés cognitives avec leurs biais (Simon, 1947 , Brandsford 1979, Caverni 1993), et des compétences d’actions (Aristote, Erikson 1963, Guindon 1976, Mendel,1998).

Avant les travaux sur l’identité psychosociale et ses effets sur la prise de décisions, l’influence de ces quatre familles de facteurs avait été mise en évidence de multiples manières de façon catégorielle, en fonction des visées spécifiques des différentes disciplines des sciences sociales :

  • La sociologie est centrée sur les déterminants sociaux.
  • La psychologie sociale étudie l’interaction de la position sociale et du système de représentation sociale sur l’action.
  • La philosophie de la connaissance (Trotignon 1986), la psychologie cognitive (Bresson 1972, Brandsford, 1979) s’intéressent à la nature de la connaissance et à la raison comme moyen d’intelligence du réel.
  • Enfin la philosophie de l’action ( Bergson, 1941 Blondel, 1893, 1966, Mendel, 1998), la psychologie du développement (Wallon, 1945, Erikson 1963, Piaget 1976, Feuerstein 1983) et la psychologie de la décision (Guindon, 1976) présentent une formalisation des facteurs spécifiques de la mise en acte en tant que telle.

 

 

Dans le cadre de la modélisation sur laquelle nous nous appuyons, les études concernant les situations d’individus et de groupes en action, prennent en compte tous ces déterminants en fonction d’interdépendances présentées dans un référentiel où ils sont organisés selon une cohérence structurelle[2]. En particulier, l’analyse des objectifs de relation fondamentaux poursuivis par des agents dans une multitude de situations a permis à la fois de distinguer leur nature, leur nombre limité[3] et de mettre en exergue un principe d’incertitude spécifique aux sciences humaines : principe lié au fait qu’on ne peut anticiper à l’avance lequel de ces objectifs fondamentaux va être mis en avant. Les résultats de ces études démontrent la possibilité d’une distinction objective de la causalité des actions humaines ; causalité provenant de l’interdépendance structurelle (lois de cohérence) des divers facteurs de l’identité psychosociale et de la prise en compte du principe d’incertitude.[4]

 

Par notre essai, nous espérons montrer, que la proposition de Max Weber « Une étude “ objective ” des événements culturels, dans le sens où le but du travail scientifique devrait consister en une réduction de la réalité empirique à des lois, n’a aucun sens parce qu’il n’est pas possible de concevoir une connaissance des événements culturels autrement qu’en se fondant sur la signification que la réalité de la vie, toujours structuré de façon singulière, possède à nos yeux dans certaines relations singulières ”(Weber, 1904). n’est vérifiée que pour un observateur ou un professionnel ne possédant pas la connaissance des lois de cohérence et du principe d’incertitude.

La première étape de l’exposé consiste à présenter que la conjecture résumé de son propos: «Toute connaissance de la réalité culturelle est toujours une connaissance à partir de point de vue spécifiquement particulier »(Weber 1094), se  présente comme une loi générale, ensuite d’appliquer sa logique à elle-même et de conclure que ce fondement des sciences humaines fonctionne comme une aporie, autrement dit qu’elle contredit son universalité. Nous faisons alors l’hypothèse que cette conjecture a été possible parce que le référentiel de connaissances était limité. Ce qui nous conduit dans la deuxième étape à dévoiler le référentiel  théorique qui permet de sortir du paradoxe d’une science qui ne pourrait établir que des corrélations statistiques.

 

Première partie

 

 

Les limites du système de connaissance wéberien au regard du statut de la connaissance en sciences humaines

 

1. Le passage de la notion de connexion causale à la notion de point de vue

 

Lorsque Weber analyse les comportements humains, il observe qu’ils sont la conséquence d’une « connexion de causalité ».

 

En suivant pas à pas le récit de Weber, on observe qu’il passe subrepticement du constat de la « connexion causale à multiples facteurs » à l’idée selon laquelle le chercheur ou l’observateur est déterminé par un « point de vue ». Le seul élément de lien qu’on peut retenir dans le passage de la notion causale à la notion de point de vue, semble relever d’une logique analogique autorisé par un glissement répété de l’adjectif « multiples », associé une première fois aux liens de causalité, puis sans lien logique explicite, dans la conclusion de la démonstration, aux points de vue des chercheurs

 

Le lien logique de ce passage n’étant pas explicite, seule une croyance a priori en la subjectivité des connaissances en sciences humaines peut autoriser un tel saut et déduire qu’il ne peut pas y avoir d’observation en dehors d’un “ point de vue ” a priori. En effet, s’il existe plusieurs causes, qu’est-ce qui empêche le chercheur de combiner les observations réalisées sous les différents angles pour en abstraire une représentation indépendante de ses a priori.[5] C’est le propre de la pensée logique, tel que le montre Piaget (1923).

 

Par effet de circularité, la notion de « point de vue » s’articulant à celle de subjectivité vient donner à la subjectivité de la connaissance une forme d’évidence pragmatique. Si bien que pour Weber l’évidence était telle qu’il pensait impossible d’en montrer son inexactitude. Pour lui, « tenter d’en montrer les limites serait la conséquence d’une illusion naïve du savant qui ne se rendrait pas compte de ses déterminants de valeurs qui seuls lui importent inconsciemment ».

 

Afin d’éprouver cette affirmation, nous avons d’abord évalué son impact auprès de nos contemporains avant d’en démontrer les incohérences.

 

2 La subjectivité de la connaissance : une évidence a priori.

 

Dans ce but, nous avons proposé à 325 sujets (étudiants en école de commerce bac+4 et des managers en entreprise) l’énoncé du résumé de la conjecture de Weber. On leur demande de porter un jugement concernant son exactitude

Les sujets sont dans la même situation cognitive à la première lecture : tous l’évaluent comme exacte.

 

Après la mise en évidence de la contradiction inhérente à la conjecture (ci-dessous énoncée), 174 acceptent la démonstration du caractère aporétique et 151 ne perçoivent toujours pas la contradiction intrinsèque et restent avec leur croyance.

Nous validions ainsi les deux hypothèses suivantes :

  1. « La connaissance humaine est subjective » est une représentation communément partagée en occident.
  2. Tout sujet, activant cette représentation, est incapable, en première lecture, de percevoir le problème logique de la conjecture de Weber.
  3. La représentation sociale résiste à la démonstration jusqu’à l’accusation d’imposture.

 

3. La contradiction aporétique de la conjecture de Weber

 

La conjecture de Weber se heurte à un problème logique insurmontable.

D’une part “ Toute connaissance de la réalité culturelle est toujours une connaissance à partir de point de vue spécifiquement particulier ” est une assertion universelle inconditionnelle. En effet par l’adverbe « toute » aucune connaissance de la réalité culturelle n’échappe à la subjectivité des points de vue. L’adverbe « toujours » renforce cette universalité quantitative par une universalité temporelle.

D’autre part appliquons cette assertion à elle-même.

Cet énoncé est une connaissance humaine. Cette connaissance est donc émise à partir d’un point de vue particulier. Elle n’est donc pas universelle.

En conséquence cette affirmation universelle n’est pas universelle.

 

On peut en conclure en toute logique que la conjecture de Weber n’est donc qu’une vision de la connaissance à partir d’un point de vue.  Cependant à partir de l’expérience ci-dessus décrite, un tel défaut de logique n’est pas perçu par les sujets. La croyance fait donc partie d’une représentation sociale et renvoie à un jugement d’évidence concernant un très grand nombre d’énoncés de connaissance qui ne sont que des avis concernant un événement ou un objet. C’est le propre des débats où s’échangent des opinions dans l’espérance qu’un croisement d’opinons apporte une objectivité plus grande.

L’énoncé logique qui rendrait compte de la réalité serait le suivant : la grande majorité des connaissances dépendent du point de vue de leur auteur. Autrement dit : il est possible de trouver en sciences humaines, au moins une connaissance qui  ne dépende pas du point de vue de son auteur.

 

 

Deuxième partie

 

L’explicitation des lois de structure des phénomènes psychosociaux 

 

 

La position anti-positiviste s’exprime de la façon suivante : “ toute description du monde étant toujours issue de la projection des subjectivités de ses auteurs, il est impossible d’atteindre à l’objectivité sans être régi par un désir de toute puissance ”(Dosse, 1995).

 

Les adjectifs « toute » et « impossible », tout comme l’adverbe « toujours », tendent à faire de cet énoncé une loi universelle. Ils libèrent l’énoncé du point de vue de son auteur. En toute logique, si on applique l’affirmation de Fr. Dosse à son énoncé,  l’énoncé est impossible car il porte la marque de la certitude universelle et donc de l’objectivité. Si on applique la logique à l’auteur, il révèlerait explicitement son désir de toute puissance, ce que nous nous refusons à croire.

Comment un tel énoncé est-il possible ? A part l’assujettissement à une croyance, l’hypothèse la plus plausible serait que le cheminement de la connaissance objective n’est pas connu. Ce cheminement consisterait, contrairement aux productions spontanées de la pensée sociale dominante, dans le contrôle de l’émission d’une connaissance. Ce contrôle aurait la fonction d’éliminer la subjectivité en recherchant une adéquation entre ce qu’elle observe et ce qu’elle décrit, dans le seul but de connaître et non de dominer. Au moyen de tout un ensemble de méthodes possédant leur propre système de contrôle ayant pour objectif d’éliminer la subjectivité (méthode d’observation instrumentée, calculs statistiques, lectures critiques et croisées par des experts possédant d’autres méthodes d’observation), la connaissance se définit comme la création de modélisations[6] de la réalité : création qui permet de décrire cette réalité avec exactitude, et de l’expliquer en établissant ses lois de fonctionnement. C’est l’accomplissement de ces deux fonctions qui rend alors possible l’anticipation[7] des événements et des attitudes possibles. A la différence de Weber et de Dosse l’objectif n’est donc pas de décrire les phénomènes du monde mais de découvrir les lois qui le régissent.

 

En tant que chercheur, nous avons voulu sortir de l’interdit posé par Weber, pour tenter de montrer à quelles conditions une connaissance objective est possible[8] en sciences humaines. A ce titre, nous formulons quatre hypothèses.

 

Hypothèse 1 : La méthode expérimentale permet une identification stable des lois des conduites humaines et  donc d’anticiper les comportements.

 

Weber et ceux qui sur ce point sont en accord avec sa conjecture, pensent que le point de vue agit sur le chercheur de façon inconsciente et structure une mentalité qui donne du sens et produit dés lors un incontournable biais subjectif.

 

Le phénomène n’est pas méconnu en sciences de la nature. En effet, les biais cognitifs liés aux représentations sociales ont pu être constatés tout au long de leur histoire. Ces biais apparaissent toujours lorsque les phénomènes sont observés et décrits mais que la découverte de la loi qui les régit n’est pas finalisée.

Mais l’histoire nous enseigne comment, à l’aide de l’accroissement des connaissances, de la méthode expérimentale et des outils mathématiques, la formalisation de la loi apparaissant, les scientifiques se dégagent de la pression des croyances pour approcher de l’objectivité : En astronomie on peut citer Copernic, Kepler, Galilée, en sciences physiques Galilée, Newton, Planck, Einstein, en chimie Mendeleïev en biologie, en médecine Pasteur, Flemming, en Science du langage, Brandsford etc. Autrement dit l’objectivité se trouve dans la découverte et la formalisation de lois universelles à l’aide d’expérimentation.

 

Première expérience pour la mise en évidence d’une première loi universelle en sciences humaines.

Poser que l’humain dans ses relations avec les autres et son environnement est objectivable et prévisible, rencontre une réaction de rejet. Cependant, il suffit de mettre un groupe de personnes en situation de résolution de problèmes pour qu’apparaissent immanquablement les mêmes phénomènes de communications spontanées suivant sans aucune exception : appropriation par les sujets, interprétations, pré-jugements évaluatifs et conseils de résolution et de bonnes pratiques avant même d’avoir pris connaissance avec précision de la teneur du problème exposé (Michit 1998).

 

A ce titre donc, tout sujet est soumis a minima aux lois de la communication spontanée régies par la logique naturelle et les phénomènes de la pensée sociale (Moscovici, 1961, Guimelli, 1999, Grize, 1996). Les connaître permet d’anticiper les comportements des personnes avec certitude, tout en gardant intact la force d’émerveillement du chercheur admirant à chaque fois la régularité d’apparition de ces attitudes. Les expériences de conduite de groupes composés de différents sujets l’attestent.

 

 

Hypothèse  2 : L’accès aux fondements des connaissances du chercheur permet de vérifier le caractère objectif ou subjectif de ses énoncés.

 

Cette hypothèse met en évidence qu’il est possible de se dégager de l’emprise d’une représentation sociale par la démarche scientifique (première hypothèse)  lorsque le chercheur connaît la structure de son système de pensée sociale.

Le premier travail pour un chercheur consiste donc à mettre en évidence les éléments de ses propres représentation sociales : croyances, systèmes de valeurs et système de représentation a priori (même ceux qui sont à prétention scientifique).

Ce travail est possible car tout un ensemble de recherches montre que les systèmes de valeurs ou de croyances sont des représentations sociales analysables à l’aide de plusieurs modèles structurels. Le plus répandu stipule que toute représentation sociale est organisée autour d’un noyau central donnant le sens à tous les concepts périphériques de la représentation (Flament, 1989). Il est associé à toute une batterie de méthodes permettant d’en connaître les éléments (Moliner, 1994).

 

Les travaux sur les idéologies (Deconchy, 1989,) montrent les mécanismes de production de ces formes particulières de représentations sociales. En particulier le modèle des a priori fondamentaux (Michit, Comon 1999) précise comment toute idéologie ou système de croyances résulte au moins de la combinaison de cinq a priori fondamentaux qui ne peuvent prendre chacun que trois positions logiques. Ces fondements a priori peuvent être identifiés selon les lois de la rationalité à partir de tout type d’énoncé. Et l’identification de leur contribution à toute production de connaissance permet de se libérer de leurs biais présents dans l’interprétation des observations.

 

Ces deux hypothèses fondent l’analyse selon laquelle la conjecture de Weber marque une carence de son référentiel scientifique. Cependant un nouvel obstacle s’élève pour s’opposer à l’objectivité des sciences humaines. Il s’agit du statut même de l’objet des sciences humaines qui interdirait l’atteinte de l’objectivité. Ainsi nombre d’auteurs (Gibbens,1994, Boutinet, 1996, Enriquez1998, Dejours 1998, Paturet,1998,) formule cette hypothèse de façon différente en précisant qu’ «atteindre l’objectivité en sciences humaines est impossible de par la nature de son objet d’étude » et non à cause du fonctionnement de la connaissance (présupposé de Weber).

 

 

Hypothèse3 : les limites de la connaissance en sciences humaines sont imposées par la représentation d’une spécificité subjective associée à la nature de son objet d’étude.

 

La différence principale entre les sciences de la nature et les sciences humaines résiderait donc dans la caractéristique de leur objet : l’une s’occuperait d’un objet indépendant de conscience et de décision surdéterminé par des lois, alors que la seconde s’intéresse à un objet dépendant de la conscience et de la décision humaine doté de liberté qui transcenderait toute loi. Supposant que la liberté serait de ce fait imprévisible, il est important d’éprouver cet a priori et de se poser la question : «En quoi la connaissance en sciences humaines serait-elle différente de la connaissance en sciences de la nature?»[9].

Or, comme pour les phénomènes de la lumière (ondulatoire/corpusculaire) qui ont longtemps mis en échec les théories physiques, on se retrouve en science des hommes et des organisations en présence de deux ensembles de phénomènes difficilement conciliables.

On constate aussi bien des phénomènes dans lesquels les humains sont agis par des conditions externes à leur volonté, que des phénomènes dans lesquels la créativité étonne et déjoue les prédictions.

La différence structurelle de ces deux ensembles de phénomènes conduit à concevoir deux objets d’étude dont les caractéristiques sont radicalement contradictoires. Ces deux objets séparent les chercheurs en deux grands courants relatifs à l’étude du sujet humain social.

Les premiers le considèrent comme un sujet social agi par son environnement et son histoire (Marx, Durkheim, Crozier, Bourdieu…),

Les travaux mettant en évidence les déterminants psychosociologiques des comportements humains sont menés du point de vue de la pathologie, de l’apprentissage, de la cognition et de la mémoire, et du point de vue de la dynamique des comportements en société et de la pensée sociale. Cet ensemble de travaux montre que le sujet humain est un sujet agi[10] qui se croit acteur et qui s’en persuade comme le montrent notamment les études sur la norme d’internalité (Beauvois et Joule, 1981). L’approche Freudienne articule la créativité imprévisible à l’émergence incontrôlable des pulsions ou de l’inconscient qui sont conçues comme des déterminations psychiques et/ou sociales.

Cependant, aux courants admettant une détermination s’opposent ceux qui perçoivent dans l’humain un irréductible imprévisible. Ces courants peuvent se rassembler sous les fondements de la théorie la liberté et de l’action (Descartes1637, Fichte 1798), Rousseau (1762), Blondel (1893), Mendel (1998). Comme sujet acteur libre, l’humain est imprévisible du fait de la créativité inhérente à son intelligence, le rendant stratège et inventif, ou à l’émergence de son désir qui s’explicite dans toutes les formes de l’art notamment.

Pour ces courants, essentiellement philosophiques, il est impossible d’anticiper les comportements de l’humain qui viendraient toujours surprendre les compréhensions et les anticipations projetées à l’aide des déterminants individuels et sociaux. Il est à noter qu’aucune expérience systématique n’a été conduite pour démontrer cette caractéristique. La théorie des jeux et ses développements probabilistes l’admet implicitement.

La défense de cette caractéristique irréductible reste donc basée sur des constations empiriques et sur la nécessité a priori de ne pas réduire les personnes à des objets dans un projet social ou politique.

Toutefois, à considérer les procédures expérimentales ou les études réalisées en sciences de l’homme et des organisations, toutes utilisent les statistiques pour valider leurs résultats. Que nous enseigne cette méthode commune d’analyse des données observées ? En plus de nous assurer que les découvertes des interrelations entre les phénomènes et variables manipulées ne sont que des corrélations, cette méthode élimine l’analyse des phénomènes résiduels. Si ces phénomènes ne sont pas pris en compte sont-ils la conséquence de lois non identifiées ou pas prises en compte par l’expérience ou bien sont-ils l’expression de la liberté irréductible de l’humain. Nous aurions là les bribes de la manifestation de l’irréductible humain sortant du champ de l’observation scientifique.

L’incertitude de l’attribution causale des phénomènes résiduels rend impossible la réduction de la tension entre les deux caractéristiques du sujet humain (déterminé et libre). La théorie de la complexité tente une percée (Morin 1984). Cependant une autre voie semble possible, celle de la découverte de lois structurelles traversant tous les phénomènes de l’humain individuel et social. Cette voie, démontrant l’existence de lois, n’enlève pas la capacité des acteurs de s’autodéterminer par une articulation pertinente de ces déterminations. En conséquence, l’objet d’étude ne sort pas de la connaissance si pour le connaître le chercheur respecte les lois qui le structurent et utilise des méthodes qui sont en cohérence avec ces lois.

 

L’instruction de ces trois hypothèses montre que le sujet humain n’est pas imprévisible. Il est soumis à des lois universelles qui permettent de prévoir ses réactions. La nature de l’objet d’étude ne constitue donc pas une spécificité suffisante pour établir une différence de fondement épistémologique entre les sciences de la nature et les sciences humaines. Dès lors la spécificité des méthodes d’investigations doit être interrogée.

 

Hypothèse 4 : Les méthodes d’investigation et les modèles théoriques dominants ne sont pas adaptés à l’objet d’étude

 

L’histoire des sciences de  la nature montre que les avancées scientifiques se réalisent par des changements tant au niveau des méthodes d’observation qu’au niveau des modèles de représentation.

Les ruptures opérées par Kepler, Copernic, Galilée, Newton,  Einstein, Heisenberg, Planck pour n’en citer que quelques unes s’appuient sur ces deux modes de connaissances (le concept et les techniques d’expérimentation). La science accède à une connaissance plus proche du réel par des outils d’observation adaptés à l’objet que le chercheur observe. C’est ainsi que la connaissance parvient à se dégager des apparences et des représentations sociales en place en utilisant des référents théoriques, des modèles de représentations et des outils d’observation adaptés à la structure de l’objet. Les sciences de la nature sont passées d’une soumission au bon vouloir imprédictible de variables cachées (Dieu, Eléménts, Ether…) à une compréhension des lois structurant la matière et la vie. C’est la découverte des lois qui permet les anticipations précises même des phénomènes perçus comme aléatoires (interférence lumineuses, dynamique des fluides et des gaz, électromagnétique et réaction nucléaire).

Ce parcours de la connaissance en science de la matière nous autorise à poser que les conjectures d’imprévisibilité en sciences humaines relèvent du même mouvement : les maîtres des sciences humaines postulant que leurs productions sont assujetties à leur subjectivité (Weber) ou à la subjectivité de l’objet d’étude (Morin et la théorie de la complexité), leurs théories et leurs outils d’observation sont nécessairement déterminés par ce postulat.

 

Pour dépasser ce postulat infirmé nous proposons une méthodologie d’analyse et une modélisation spécifique.[11]

 

Procédure expérimentale

Afin de valider ce corpus méthodologique et théorique, nous avons conduit des expériences dans lesquelles les comportements humains en situation d’activités sociales en milieu naturel (relations interindividuelles ou intergroupes) étaient anticipés, décrits avec précision et consignés par écrit.

 

Sujets et composition des groupes

Ces expériences mettaient en jeu deux groupes de sujets : des animateurs de réunion  auxquels on donnait les éléments théoriques et méthodologiques permettant d’analyser les conditions initiales d’une situation donnée et dont ils devaient prédire les événements qui allaient se produire et conduire les événements en fonction de leur prédiction. Ces sujets recevaient ces éléments au cours d’une formation de 36h.

L’autre groupe de sujets agissait dans des situations similaires sans avoir reçu les apports théoriques et méthodologiques.

.Dans chacun des groupes étudiés la composition des participants était la suivante :

Un animateur formé versus un animateur non formé

Des participants en accord avec l’objectif de production.

Des participants en maximum d’intérêt remettant en cause soit l’objectif de la réunion, soit l’intégrité des intentions de l’animateur.

 

Types de situation

Deux ensembles de phénomènes ont fait l’objet d’observations : d’une part les situations de groupes de résolution de problèmes dans le monde professionnels, d’autre part les situations d’enseignant face à une classe difficile : soit en tout 230 situations

 

Résultats

Les résultats de ces expériences montrent que les sujets formés ont anticipé l’atteinte de leur objectif à 98% avec l’identification des stratégies à mettre en œuvre pour arriver à leur fin. Les écarts avec les prévisions des sujets (4,35% = 5 situations sur les 115) sont survenus lorsque les sujets avaient omis de suivre la procédure d’anticipation avec rigueur.

Les sujets ne possédant pas ces apports théorique et méthodologique ont anticipé les événements pouvant survenir à 74,78% (86 situations sur les 115). A la différence des premiers, sur ces prédictions justes, 50% se déroulaient avec la certitude que les acteurs n’atteindraient pas les objectifs fixés par la situation de travail. Autrement dit dans 43 situations les acteurs n’étaient pas les animateurs de leur réunion, ils étaient submergé par les éléments parasites. 50% des prévisions étaient exprimées avec une espérance forte d’atteindre leur objectif mais sans savoir avec certitude sur la manière dont  le travail de groupe allait se dérouler. Ces acteurs se trouvaient dans une situation d’incertitude face aux événements à venir,  déterminés à leurs yeux par des événements extérieurs imprévisibles et donc pour eux non maîtrisable. Si on ajoute les 29 erreurs de prévisions aux 43 incertitudes on se retrouve avec 72 situations sans anticipation sûre soit 62,6% d’incertitude.

 

Exemples de situation expérimentale

Exemple 1.

Un chef  de service rassemble ses 7 chefs d’équipe concernant la réorganisation du service pour une opération de maintenance. Cette opération implique une disponibilité des employés avec une impossibilité de réaliser des remplacements générant des heures supplémentaires qui impliqueraient un coût très élevé pour l’entreprise. Cet interdit de remplacement pour la période induit une perte pour les salariés.

Dans le groupe, le Chef de service est formé. Un participant est en rejet de la proposition et accuse d’intention cachée et malveillante l’animateur. Un est en situation de protection du chef. Cinq sont en production. Résultat : l’ensemble du groupe bascule en production et trouve une solution efficace.

 

Exemple 2

Une équipe de cadre de direction veut faire travailler leurs chefs d’équipe au sujet de la question de l’évaluation de leur compétence. Une réunion est organisée.

L’animateur de réunion ne maîtrise pas les éléments théorique et méthodologique.

Les présents à la réunion : 7 chefs d’équipe dont deux sont en  rejet de la proposition et cinq sans avis. Le groupe se retrouve à rejeter en bloc la proposition.

Propositions théorique et méthodologique

 

Les Eléments théoriques proposés

Chaque acteur est organisé dans son identité psychosociale selon quatre dimensions définissant sa compétence  d’interaction (les facteurs de position sociale, de système de valeurs, de système de connaissance et de Potentiel d’action)

Toutes les interactions sont déterminées par les 4 objectifs de relation possibles : Production, Echange d’identité, Protection, Maximum d’intérêt. Les objectifs de relation structurels sont déterminés par les statuts des personnes. Cependant les acteurs peuvent mettre en œuvre un autre objectif de relation que celui-ci.

Il existe donc un principe d’incertitude stipulant qu’il est impossible de connaître a priori sans explicitation, l’objectif de relation d’un acteur.

 

Le modèle de l’identité psychosociale

 

Position sociale

 

·    Statut

·    Rôle

·    Groupe d’appartenance

·    Univers de relation

·    Ressources

·    Place dans l’espace

et le temps

COHE

Système de valeurs

 

·    Les cinq a priori fondamentaux

·    Les idéologies

·    Les représentations sociales d’objets

Sociaux

 

RENCES

Système de connaissances

 

·    L’identification stable des « objets »

·    Puissance d’abstraction

·    Les logiques de raisonnement

·    Les outils de représentations maîtrisés et leurs représentations.

Potentiel d’action

Trois espaces de décisions en acte :

Récupération d’énergie/ production/acceptation de l’altérité

Pour chacun une compétence en fonction de la force du processus décisionnel déterminé par 6 facteurs (perception/discernement des importants/hiérarchisation/choix de moyens ajustés/ mise dans le temps/ dépassement des obstacle et capacité d’apprentissage

 

 

Les éléments méthodologiques proposés.

 

Première méthode : explicitation des récits et des processus décisionnels

Tout récit énoncé entre des participants à un groupe de travail est à interroger au niveau de sa construction en demandant une explicitation s’appuyant sur un exemple concret, suivi si nécessaire d’une explicitation des actions et décisions mises en œuvre par la personne dans l’exemple concret qu’elle énonce.

 

 

Deuxième méthode : la schématisation en triades

Lors d’une résolution, tout problème sera schématisé par un ensemble de triades composées de trois éléments simples (acteurs, objets, outils). Ces éléments simples sont reliés chacun par deux relations structurelles. Les relations structurelles sont déterminées par le statut de ces éléments simples. Les écarts entre les relations structurelles et les relations réelles (relations mises en œuvre concrètement dans la situation exposée) constituent les lieux  problématiques. La causalité se découvre par l’analyse de l’identité psychosociale des éléments.

Cette première schématisation permet d’identifier l’état initial du système. La vérification des états initiaux des acteurs se vérifie lors des premières itérations communicationnelles.

 

 

Conclusion :

 

L’affirmation d’un aléatoire imprévisible en sciences humaines relève de fait d’une norme de la pensée sociale fondée sur deux impasses :

– d’une part, la dépendance à l’a priori fondamental du sujet acteur transcendantal libre de toute loi, imposant  ainsi une impossibilité au chercheur de se libérer de son point de vue,

– d’autre part, l’utilisation de méthodes et de modèles d’analyse insuffisamment appropriés à l’objet d’étude.

Et comme nous venons de l’évoquer, contrairement aux «convictions scientifiques» les plus courantes depuis prés d’un siècle, le monde social connaîtrait bien lui aussi des lois ayant les mêmes fonctions structurantes et déterminantes que celles qui régissent le monde physique.

 

L’idée de règles de cohérence selon les objectifs de relation, l’idée de délimitation et d’anticipation des incertitudes des relations entre les hommes, l’énoncé de principes de justesse dans la coordination des actes (comportements, discours) conduit à (ré)entrevoir qu’il y a donc place pour la construction d’une épistémologie moderne réduisant ainsi la coupure entre sciences de l’homme et sciences de la nature.

 

La construction des principes fondamentaux et généraux d’analyse des réalités sociales est en cours : elle devra s’efforcer d’échapper aussi à une sociologie d’empirisme naïf, ou sociologie du constat, qui ne peut fonctionner que par accumulation lente de données locales non unifiés, plus ou moins corrélées mais à relations causales non systématiques.

 

 

 

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Annexe :

 

 

Weber Max (1904),

L’objectivité de la connaissance dans les sciences et la politique sociales,

Traduction française, Freund J. (1965)

In Essais sur la théorie de la science, Paris , Plon,

Extrait de la page 179.

 

 

Dans les cas des phénomènes complexes de l’économie, « toutes les « lois dites économiques » y étant comprises sans exception, il ne s’agit jamais de relations « légales au sens étroit des sciences exactes de la nature, mais de connexions causales adéquates exprimées dans des règles, donc de l’application de la catégorie de « possibilité objective ».

 

Quant à savoir si cela a un sens de mettre sous forme de « loi » une régularité familière de connexions causales observées dans la vie quotidienne, c’est une question d’opportunité dans chaque cas particulier. Pour les sciences exactes de la nature, les lois sont d’autant plus importantes et précieuses qu’elles ont une validité plus générale, tandis que pour la connaissance des conditions concrètes de phénomènes historiques les lois les plus générales sont régulièrement celles qui ont le moins de valeur parce qu’elles sont le plus vides en contenu (inhaltleersten).

 

En effet , plus la validité, c’est-à-dire l’extension d’un concept générique, est large, plus aussi il nous éloigne de la richesse de la réalité, puisque pour embrasser ce qu’il y a de commun au plus grand nombre de phénomènes, il doit être le plus abstrait possible, donc pauvre en contenu. Dans les science de la culture, la connaissance du général n’a jamais de prix pour elle-même.

 

La conclusion découlant de ces explications est la suivante : une étude « objective » des événements culturels, dans le sens où le but idéal du travail scientifique devrait consister en une réduction de la réalité empirique à des lois, n’a aucun sens. Elle n’en a pas […] parce qu’il […] n’est pas possible de concevoir une connaissance des événements culturels autrement qu’en se fondant sur la signification que la réalité de la vie possède à nos yeux dans certaines relations singulières.

 

Aucune loi ne nous révèle en quels sens et dans quelles conditions il en est ainsi, puisque cela se décide en vertu des idées de valeurs sous lesquelles nous considérons chaque fois la « culture » dans les cas particuliers.

 

Il en résulte que toute connaissance de la réalité culturelle est toujours une connaissance à partir de points de vue spécifiquement particuliers.

 

 

 

 

[1] Le lecteur trouvera en Annexe l’extrait du texte ici analysé.

 

[2] Par exemple, Festinger, L et Aronson, E. (1978) mettent en évidence un exemple de cohérence interne entre position sociale, représentations sociales et connaissances individuelles.

[3] Ces objectifs sont repérés par ailleurs sous une autre forme dans la littérature sociologique contemporaine sous le concept de Cités, théorisé par Boltanski et Thévenot (1991).

[4] L’organisation structurelle des facteurs de l’identité psychosociale définit des conditions initiales cohérentes qui sont à l’origine d’attitudes, de comportements et de situations prédéterminées. En sciences physiques, on a pu rendre compte de l’apparition apparemment aléatoire de phénomènes. En fait, selon la théorie de la relativité l’apparition est anticipée à l’aide du principe d’incertitude d’Heisenberg, et selon la théorie du chaos l’apparition est déterminée par les conditions d’origine de ces phénomènes.

[5] La découverte des lois régissant la lumière (présentant des phénomènes propres aux caractéristiques des particules, telle que la réflexion, et des phénomènes spécifiques aux caractéristiques ondulatoires tels que diffraction et réfraction) est un exemple de prise en compte de deux points de vue en les associant. Les deux types de phénomènes s’excluaient, tant que les chercheurs pensaient que leur point de vue était l’unique valable. C’est par la mise en place d’un autre référentiel de connaissances (la théorie quantique de la lumière, dont l’un des intérêts renvoie à l’articulation de la théorie ondulatoire et de la théorie des particules) que Planck peut rendre compte des différents phénomènes.

[6] Ce ne sont pas les opérations d’abstraction soi, de modélisation, transformant une réalité objectale en une réalité nominale, qui par essence ôtent l’objectivité à la connaissance ainsi produite. Ce sont les erreurs de des opérations d’abstraction (ensemble d’opérations d’observation, de description et d’opérations logiques) qui biaisent la représentation et la subjectivisent. L’objectivité n’est pas seulement le fait de la raison (comme le pensent les rationalistes et leurs opposants), mais aussi le produit des opérations d’observation et de description des lois. Afin d’approfondir ces notions on peut approfondir lls œuvres de. Chalmers, 1988, Beauvois, 1990, Dosse, 1995, Matalon, 1996, Michit 1998).

[7] La force d’anticipation d’un énoncé et donc son utilité sociale n’est pas la caractéristique première d’une connaissance objective. Une anticipation d’événements peut provenir d’énoncés faux ou de représentations inexactes (Beauvois,1990). « Le soleil tourne autour de la terre » anticipe le fait qu’il se lèvera toujours demain à l’orient. « Il fera beau demain parce que les hirondelles volent au ras de la surface de l’étang ». Il est possible que demain il fasse beau.

[8] Nous tenons encore à préciser qu’il ne faut pas confondre «Objectivité d’une connaissance» et «Déterminisme» ou «Objectivisme». Le principe d’incertitude, permettant d’anticiper les formes de la créativité comportementale et réduisant le champ des possibles (objectivité), signifie un choix de décision pour tout acteur entre un nombre fini de possibles (non déterminisme).

[9] In «Une théorie scientifique de la culture», Bronislaw MALINOWSKI, 1968, Paris, Maspéro, p.12. La question est d’autant plus légitime que les questions que posent les phénomènes de la physiques des particules divisent la communauté scientifique sur les caractéristiques de l’objet « matière ».

[10] La notion d’agi ne renvoie pas à la notion de victime, mais bien à celle d’être dirigé pas des forces ou soumis à  des lois incontournables.

[11] Développer un corpus de connaissances qui rendrait caduque les fondements théoriques et les méthodes d’analyse classiques en sciences humaines est une tentative qui a déjà été jugée de scientiste par certains mais sans qu’en soit apportée une réfutation rationnelle détachée de l’a priori fondateur. L’argumentation identique à toute argumentation idéologique est la suivante : comme l’humain est libre et sujet de désirs imprévisibles, il est donc imprévisible. C’est la remise en cause la plus radicale de ce qui est une fonction première de l’homo sapiens (celle de connaître) comme de celle de l’homo habilis (celle d’être capable de construire des outils au service de sa connaissance ou de ses besoins). Ici le besoin serait de connaître les comportements futurs d’un individu ou d’un groupe. L’interdit de cette connaissance,  renvoie au souci antique de ne pas chercher à dominer son prochain. Mais il ne faut pas confondre l’aspect éthique de la connaissance acquise avec la capacité à connaître. Ce n’est pas parce qu’une connaissance est dangereuse et inductrice de manipulations moralement dommageables que sa possibilité n’existe pas.

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